Non-lieu du dossier Norbert Zongo Un coup de force indécent

mercredi 9 juillet 2008

Abdoulaye Barry a réussi son coup de force mais jusqu’à quand ?

Par Abdoul Razac Napon

Le 18 juillet prochain, le dossier Norbert Zongo aura passé deux ans dans les tiroirs du procureur Abdoulaye Barry. A quelques jours de ce funeste anniversaire, Mes Halidou Ouédraogo, ancien président du collectif contre l’impunité et Bénéwendé Sankara, avocat de la famille Zongo reviennent sur le dossier pour en souligner son caractère imprescriptible.

Source : l’Evènement N° 142 du 25 juin 2008 http://www.evenement-bf.net/pages/echos_142.htm

" Il n’ y aura pas de lumière sur cet odieux assassinat sans une volonté politique. Les mobiles de ce crime étant politiques", soutient Me Benewendé Sankara avocat de la famille Norbert Zongo. L’inféodation de la justice burkinabé au pouvoir, avec tous ces juges acquis, ne laisse aucune chance pour l’aboutissement du dossier. L’attitude des juges Adama Sagnon et Abdoulaye Barry durant tout le parcours du dossier ont convaincu les Burkinabè d’une volonté réelle d’enterrer le dossier. Les procureurs ont pour mission traditionnelle de défendre la partie civile en recherchant les coupables estime Benewendé Sankara. Les deux patrons de la justice ont choisi le contraire, ce qui est absurde et révoltant fait remarquer l’avocat. Le dossier se trouve selon les juges au greffe du parquet. Il sera ouvert en cas de charges nouvelles. Pour l’avocat de la défense il n’est pas certain que le dossier soit au parquet, mais plutôt dans un tiroir. On laisse un dossier au parquet quand on a envie de l’ouvrir. Mais pour le cas de ce dossier, l’intention est de l’enterrer. Me Halidou Ouédraogo reconnaît que le juge d’instruction, à un niveau d’une enquête, peut déclarer un non lieu. Le non lieu intervient quand le juge n’a pas trouvé d’éléments d’inculpation. C’est ce qui s’est passé dans le cas du dossier Norbert Zongo. Le juge d’instruction Wencelas Ilboudo à un moment donné a estimé qu’il ne pouvait plus poursuivre l’instruction. Dans ce cas il n’y a que des charges nouvelles qui peuvent faire rouvrir le dossier. Mais pour un dossier comme celui -ci, les choses sont plus complexes. C’est pourquoi l’ex président du collectif invite les Burkinabè à témoigner. Tous ceux qui ont des éléments qui peuvent concourir à la réouverture de ce dossier doivent parler. Il est important d’ôter cette peur qui hante depuis les Burkinabè pour apporter des éléments suffisants et confondre tous ceux qui n’ont pas intérêt à la vérité.

Les charges nouvelles, un alibi pour enterrer le dossier

Me Benewendé ne voit pas les choses de la même façon. Les charges nouvelles estime t-il, il y’en a eu, avec les témoignages après le non lieu. Moïse Ouédraogo et d’autres personnes ont témoigné dans les médias. La justice n’a pas tenu compte de tous ces éléments. En fait de charges nouvelles elle n’en veut pas. Tous les indices conduisant aux assassins sont connus a-t-il souligné. Lesquels indices ont été écartés. Les deux procureurs ont même refusé de poursuivre X. Ce sont des comportements qui ne trompent pas sur les intentions cachées. La partie civile a fait appel du non lieu, mais la cour d’appel a confirmé l’ordonnance sans mener des enquêtes indique Halidou Ouédraogo. La justice n’a pas voulu explorer toutes ces pistes préférant botter en touche, avec des explications fallacieuses. La volonté du régime Compaoré d’empêcher que la lumière soit faite sur l’assassinat du 13 décembre est évidente dès les premiers moments du crime. Le procureur Dramane Yaméogo, qui s’est déplacé sur les lieux avait autorisé l’enlèvement du véhicule et n’a rien fait pour protéger les lieux. Ce qui s’apparente à une volonté réelle d’effacer tous les indices. La commission d’enquête indépendante mise en place a eu des difficultés pour travailler. Malgré tous ces blocages, elle a produit des résultats tangibles. Six suspect sérieux tous du régiment de sécurité présidentielle furent identifiés. En plus, la commission d’enquête liait la mort du journaliste à son travail d’investigation sur la mort de David Ouédraogo, chauffeur du petit frère du président du Faso. Ce qui fait dire à l’avocat de la famille de Norbert Zongo que la commission d’enquête indépendante a fait un travail laborieux. Tous les éléments sont là. La justice refuse simplement de les utiliser. La complexité du dossier Norbert Zongo est à rechercher selon lui dans les raisons du crime. Le pouvoir n’a pas intérêt à ce que toute la vérité soit dite conclut Me Sankara.

Le Collectif des organisations de la société civile et partis politiques avaient demandé la constitution d’un collège de juges pour instruire le dossier. La requête a été rejetée. On a laissé le dossier entre les mains du seul Wencelas qui a conduit le dossier au greffe du parquet avec le non lieu constate Benewendé Sankara. Nous avons demandé le concours du FBI, et du deuxième Bureau français et même de la commission internationale des droits de l’homme. Nos propositions ont été toutes rejetées par le pouvoir souligne Halidou Ouédraogo. Autant d’éléments qui confirment que le pouvoir ne veut pas la vérité sur ce dossier. Me Halidou Ouédraogo ex président du collectif rejoint son confrère sur les mobiles du crime. C’est un crime d’Etat, un crime contre l’humanité ont-ils affirmé. Le journaliste assassiné a été réduit en seulement 10 kilogrammes de cendres. Ce qui fait dire à l’ancien président du Collectif que l’acte posé sur Norbert Zongo s’apparente à un acte génocidaire. On tue et on élimine toutes les preuves souligne amèrement Me Halidou Ouédraogo. Pour l’avocat de la famille, Blaise Compaoré est actuellement le seul qui peut faire rouvrir le dossier Norbert Zongo en sa qualité de premier magistrat.

Le dossier n’est pas prescriptible. Le non lieu, les blocages et les entorses aux règles du droit constatés ne désarment cependant pas Halidou Ouédraogo et son confrère. Ils ont la conviction que le dossier Norbert Zongo sera un jour jugé : "Le dossier est imprescriptible. Ce n’est pas le genre de dossier qu’on peut enterrer facilement, il y a le tribunal pénal international. Le droit à la vie est le plus important de la charte des droits de l’homme" avertit Halidou Ouédraogo. "Le dossier Norbert Zongo sera résolu tôt ou tard à l’échelle mondiale", ajoute t-il. Benewendé Sankara partage le même optimisme. "Je travaille toujours sur le dossier et j’ai espoir que justice sera faite un jour, ce n’est pas un dossier prescriptible" déclare t-il. Les commanditaires et les assassins attendent certainement 2016 pour la prescription du dossier, mais ils se trompent. "Le pouvoir de Blaise Compaoré n’est pas éternel" fait t-il savoir. Pour le président du pays réel il y a eu plusieurs républiques et certainement il en aura encore. Blaise Compaoré ne pourra plus se représenter en 2015. Il faut donc croire au changement et à l’aboutissement de ce dossier.

Halidou Ouédraogo n’est pas du tout content du travail de la presse burkinabè. La presse s’est divisée sur la question et ceux qui se sont investis ont connu des problèmes. La recherche de la lumière sur l’assassinat du journaliste Norbert Zongo est d’abord l’affaire de la presse estime t-il. "C’est votre confrère qui a été assassiné. Aujourd’hui c’est Norbert Zongo, demain ça pourrait être le tour de quelqu’un d’autre", Lâche t-il. "Moi j’attends le point de la presse" Il attend des journalistes des investigations sérieuses sur le crime. Son constat est que la presse internationale s’intéresse plus à ce dossier que la presse nationale.

Le collectif des organisations de la société civile et des partis politiques de son avis a conquis des espaces de liberté au prix de multiples sacrifices. S’il n’existait pas, il fallait le créer souligne-t-il. Par rapport à la situation que vit actuellement le collectif, son ancien patron l’explique par les multiples actions entreprises par le pouvoir pour le réduire au silence. Les arrestations, les enlèvements, les intimidations, les lynchages médiatiques, les humiliations de ses leaders sont entre autres les méthodes utilisées par le pouvoir. En plus de la machine répressive du pouvoir, celui-ci a entreprise des actions diplomatiques. Ce qui a permis au Burkina d’être élu par 180 voix sur 193, membre du Comité international des droits de l’homme. "On fait comme s’ il n’ y avait rien eu" constate Halidou Ouédraogo. Il n’est pas d’avis avec tous ceux qui chantent cette paix dans le pays des hommes intègres. Beaucoup d’éléments le confortent dans sa position. Tout le monde parle de paix pendant ce temps l’armée tire à balles réelles sur des étudiants. Le gouvernement n’a pas tiré leçon des massacres de Sowéto de 1976. Le parlement adopte des lois anticonstitutionnelles, la loi anti-casseurs. Le droit à la désobéissance civile est pourtant inscrit dans la constitution. Pour Me Sankara, l’essoufflement du collectif se justifie également par le fait que la lutte n’est plus citoyenne. Il est d’avis avec ceux qui pensent que le Collectif ne doit pas se résumer au 13 décembre. Heureusement, constate t-il, partout des voix s’élèvent chaque fois pour interpeller les autorités Burkinabè. L’attribution du prix Galliléo à Blaise Compaoré en Italie, de même que la décoration du chef d’Etat major particulier de la sécurité présidentielle ont suscité de vives protestations en Europe. Ce qui manque, c’est une synergie d’actions de tous ces mouvements indique t-il

Abdoul Razac Napon


Accueil du site | Contact | Plan du site | visites : 121109

Site réalisé avec SPIP 1.9.2d

Conception Design & Adaptation : webmaster