Reboisement au Burkina, efficacité ou communication politique ?
dimanche 6 septembre 2009
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Nous présentons ci-dessous, deux articles rendant compte d’initiatives pour le reboisement au Burkina Faso. L’un issu du journal de feu Norbert Zongo, très critique, et l’autre du quotidien privé le Pays. Le premier n’y va pas par 4 chemins :" On peut même se risquer à penser que la seule tenue du ministre qui menait la manœuvre lui a été facturée un peu plus que le coût réelle de l’action.en critiquant ". L’autre rend compte de l’évènement sans trop poser de questions.
Comportements de nos ministres : Frasques d’empire
Une association présidée par un illustre ministre y a lancé sa campagne de reboisement. En présence d’une belle brochette de dignitaires, l’association qui a reboisé à cette occasion a mis en terre environ 300 arbres sur un demi hectare. C’est 7 fois plus petit que la superficie d’un terrain de football. Il resterait un hectare à planter. Pour l’ensemble de sa campagne l’association pense remplir donc un hectare et demi. C’est toujours moins qu’un terrain de foot. L’exploit a eu néanmoins droit à une pleine page, sûrement achetée de quotidien, la couleur en prime.
C’est dire que rien que la publicité a coûté à elle seule plus que les arbres qui ont été plantés et la sueur, que l’opération a demandée aux forestiers d’un jour. On peut même se risquer à penser que la seule tenue du ministre qui menait la manœuvre lui a été facturée un peu plus que le coût réelle de l’action. Si d’aventure il fallait tenir une comptabilité pour les frais de carburant, la ripaille, les cadeaux et tout le reste on atteindrait une belle petite somme pour 300 pauvres plants dont tout le monde connaît par avance le sort une fois que les tams-tams se seront tus. Notre confrère présent sur les lieux a tenu à souligner que la commune rurale de Boni, grande bénéficiaire de cette œuvre de charité « a refusé du monde » ce jour là. Tant de monde pour si peu ! Une autre façon de dire que l’ouverture de la campagne de plantation d’arbres était un bon prétexte à autre chose. Quoi donc ?
L’actuel gouvernement est un des plus pléthoriques que le Burkina ait connus. C’est pour cette raison peut-être qu’on sent mieux son manque de dynamisme. Pratiquement tous les ministres ont l’air de gérer sur un train de sénateur de vieux dossiers. Même le Premier ministre qui, à ses premières prises de positions donnait l’air de vouloir bousculer les choses, est revenu à une gestion pépère du quotidien.
C’est à croire qu’autre chose préoccupe plus l’exécutif que les délestages, la crise universitaire, la gouvernance de l’hôpital ou le déficit céréalier qui pointe à l’horizon. Au moment de la composition de l’actuel gouvernement, quelqu’un du sérail avait expliqué qu’il s’agissait d’essayer le maximum de personnes afin de retenir plus tard ceux et celles qui se seront montrés dignes d’être confirmés à leur poste. Plus tard, cela ne peut être que le remaniement ministériel d’après l’élection présidentielle de 2010. On comprend mieux ainsi pourquoi certains ministres sont plus soucieux de leur visibilité que de l’efficacité de leurs actions. Il faut à tout prix être sous les projecteurs, faire quelque chose. Peu importe ce qui est fait. Mais il y a une autre raison. La taille de l’actuel gouvernement s’est imposée en son temps du fait du dosage régional qu’on y lit sans peine. Tout porte à penser à un quadrillage du territoire dont l’objectif serait de rabattre vers une personne bien connue le bétail électoral dont on aura besoin. Autant on pardonnera donc à un ministre de se contenter des minima dans son ministère, autant on lui tiendra rigueur de ne pas fournir le moment venu son quota d’électeurs et de ne pas trouver une troupe suffisante pour porter les T-shirts qui seront mis à sa disposition. La fébrilité ministérielle actuelle serait alors un jeu de positionnement pour 2010. Mais alors ? Si l’exécutif est déjà en campagne à qui imputera-t-on les frais des virées bucoliques actuelles des ministres ? Au candidat ou au budget de l’Etat ? Mais la confusion de genre ne s’arrête pas là. Qu’un ministre dans l’exercice de ses fonctions draine un long cortège de paysans du dimanche à bord de grosses cylindrées à fond rouge un jour non ouvrable interpelle, surtout si on s’en tient aux récentes prescriptions du Premier ministre sur l’utilisation des biens de l’Etat.
Qu’une présidente d’association, fut-elle par ailleurs ministre de son état, pour les activités de son association use de la sorte de ces mêmes biens, pose un réel problème de morale publique, voire de justice. Le moment venu, les observateurs internationaux en toute impartialité salueront la transparence exemplaire de l’élection. C’est leur droit. Ils sont payés pour fermer les yeux. Mais les institutions républicaines du Burkina Faso ? Que feront-elles ? La CENI verra-t-elle que la campagne a bel et bien commencé sans son approbation ? Le CSC prendra-t-il le moment venu le soins de décompter les plages publicitaires auxquelles nous sommes soumis dès à présent, du temps de parole des candidats qui en auront bénéficié ? La Cour des Comptes sera-t-elle équitable dans la distribution des fonds de campagne en intégrant dans ses calculs le coût de l’usage indu des biens de la République ? La République elle-même saura-t-elle un jour se rappeler le sens de son nom ? Si rien de cela n’est fait, il faut se résoudre à considérer que nous vivons en empire. Mais même dans ce cas, les frasques ont parfois des limites.
Pascal KABORE
Source : l’indépendant N° 833 du mardi 25 août 2009 http://www.independant.bf/
Burkina Faso : Une association reverdit chez Blaise et Salif
L’Association aide sans frontière (A.A.S.F) a organisé le 22 août 2009, à Ouahigouya, une campagne de reboisement dans deux sites. L’un au village de Lilgomdé, au pied-à-terre du chef de l’Etat, Blaise Compaoré et l’autre au verger de l’ambassadeur du Burkina en Autriche, Salif Diallo.
Venus des 15 secteurs et des 37 villages de la commune de Ouahigouya, les planteurs n’ont pas mis beaucoup de temps à épuiser le stock de plants disponibles pour être mis en terre sur deux sites dans la commune de Ouahigouya. Les plants étaient composés de la gamme arachide, de l’eucalyptus, du néré. Le nombre de plants, estimé à 3 000, a été mis en terre sur une superficie de 3 hectares. Selon les organisateurs, le choix de ces deux personnalités s’explique par le fait que le chef de l’Etat a fait de la lutte contre la désertification une préoccupation majeure dans son programme "Le progrès continu pour une société d’espérance."
C’est donc pour traduire sa reconnaissance au premier responsable du développement que l’association a décidé de reverdir son pied-à-terre à Ouahigouya. De l’autre coté, pour le président de l’AASF, Emmanuel Kaboré alias Bleck, c’est un hommage rendu à Salif Diallo, ancien ministre de l’environnent et de l’agriculture, qui s’est toujours dévoué à la tête de ces différents ministères, pour l’amélioration des conditions de vie du monde paysan. M. Kaboré et ses proches collaborateurs disent garder en mémoire les grandes innovations de Salif Diallo pour la vulgarisation de la gomme arabique et les cultures de contre-saison.
Le reboisement s’est déroulé en présence des techniciens de l’Environnement du Yatenga, des responsables du Projet de sécurité alimentaire des terres dégradées et ceux de Kogléweogo. Pour le responsable de Kogléwéogo au Yatenga, El Hadj Mamoudou Ouédraogo, "il faut protéger ces plants contre les animaux, sinon on aura fait un travail inutile". La mobilisation était de taille dans les deux sites pour la mise en terre.
Parmi les autorités présentes, il y avait les députés, El Hadji Salam Docteur Ouédraogo, Aboubacar Ouédraogo, les directeurs et chefs de service. Le conseiller municipal de Lilgomdé, Mady Panatiguiri, s’est réjoui que sa localité abrite un tel site et s’est engagé avec la population à mériter la confiance placée en eux pour la protection des arbres. Créée en 2006, l’A.A.S.F mène des activités entrant dans le cadre de la santé de la population, du civisme, de la préservation de l’environnement et enfin de la lutte contre la pauvret.
Adama Sinare
31 Août 2009
Source : Le Pays N° 4442 du 2 septembre 2009 http://www.lepays.bf/
Mots-clés
- CENI (Commission Nationale Electorale Nationale)
- Elections
-
Environnement
- Reboisement au Burkina, efficacité ou communication politique ?
- Monsanto à l’assaut du Burkina Faso
- DÉCLARATION DE RIO SUR L’ENVIRONNEMENT ET LE DÉVELOPPEMENT (1992)
- Déclaration finale de la Conférence des Nations Unies sur l’environnement (1972)
- Plan d’action pour un développement durable en Afrique de l’Ouest. Plates-formes nationales des ONG Ouest-Africaines (Johannesburg, août 2002)