Proces Charles Taylor appel en cause de Blaise Compaoré ?

mardi 9 juin 2009

L’effet des poursuites engagées contre Charles Taylor finira-t-il par des répliques qui appellent en cause dans son procès, Blaise Compaoré ?

Au début de la procédure, cette probabilité a fait l’objet de nombreux commentaires. Avec le temps cependant, il faut reconnaître qu’elle s’est fortement ramollie au point d’atteindre le niveau zéro. Dossier trop brûlant, ont dit beaucoup, qui ont entrevu des complicités politiques, diplomatiques, tellement haut placées que des républiques (et pas des plus banales !) risqueraient de trembler si l’on ouvrait et étendait les poursuites au-delà de Charles Taylor, à d’autres chefs d’Etat.

Mais depuis qu’au Soudan, la Cour pénale internationale (CPI) a eu assez de cran pour oser inculper al-Béchir, voilà que certaines plumes se remettent à envisager un appel en cause de Blaise Compaoré dans les affaires pour lesquelles Charles Taylor est en train de répondre à La Haye. C’est le cas de l’organe de presse « Concord Times » de Freetown, qui dans un billet daté du 15 avril 2009 (sous le titre évocateur : « If Taylor, why not Compaoré ? », autrement dit « Si Taylor, pourquoi pas Compaoré ? ») soutient que les révélations embarrassantes faites sur Blaise Compaoré, pouvant justifier qu’il réponde à La Haye aux côtés de Charles Taylor.

Le journal rappelle qu’ « Afrique 2009 Confidentiel » a rapporté que « Blaise Compaoré « a collaboré avec le chef militaire Taylor du début de sa rébellion en 1990 jusqu’à autour de 2004, quand ils se sont disputés à propos d’argent".

L’organe de presse remet sur le tapis que, malgré la condamnation internationale, Blaise Compaoré a continué à fournir des armes à Taylor, à Foday Sankoh et que de tout cela, la CPI « détient des documents du RUF qui reflètent explicitement l’aide ici apportée à Foday Sankoh », précisant par ailleurs ceci : « Malgré l’embargo international d’armes, les leaders du RUF de Sierra leone se sont procurés au moins cinq grandes cargaisons d’armes venant de l’ancienne Union soviétique par le biais du Burkina en 1998 et 1999 ».

Mais ces allégations ont depuis toujours, on le sait bien, été rejetées par l’intéressé et la CPI non plus, à ce qu’on sache, n’a pas cherché à avoir le fin mot de l’histoire. En tout cas, pour le moment !

Source : San finna du N°511 du 20 au 26 Avril 2009 http://www.sanfinna.com


Nous publions ci-dessous l’article anglais cité

Concord Times (Freetown) 15 April 2009

West Africa : If Taylor, Why Not Compaoré ?

Sahr Morris Jr

Freetown — The shadow over Burkina Faso’s Blaise Compaoré is that Liberia’s ex-President Charles Taylor may, during his trial at the Sierra Leone Special Court, sitting in the Hague, produce some embarrassing revelations about their cooperation (AC passim).

According to Africa Confidential 2009, Compaoré collaborated with warlord Taylor from the start of his rebellion in 1990 until around 2004, when they fell out over money.

Despite international condemnation (though Paris hardly said a word), Compaoré continued to supply arms to Taylor and the late Sierra Leonean militia leader Corporal Foday Sankoh and his Revolutionary United Front.

The Special Court has RUF documents which explicitly refer to the help Compaoré gave Sankoh.

It could be recalled that The Washington Post in 2000 reported that intelligence sources on Sierra Leone’s rebel war and diplomats said international efforts almost failed in part because the isolated nation of Burkina Faso provided a key lifeline in the rebels’ procurement of weapons.

Despite being under an international arms embargo, leaders of Sierra Leone’s Revolutionary United Front procured at least five large planeloads of weapons from the former Soviet bloc through Burkina Faso in 1998 and 1999.

Source : http://allafrica.com/stories/200904150790.html


Ci-dessous des informations récentes (avril 2009) sur les procès concernant Charles Taylor et la Sierra Leone

DOSSIER CHARLES TAYLOR LE REVE INSENSE DE L’ACQUITTEMENT VOLE EN ECLATS

Incroyable mais vrai, après avoir fait courir le bruit que par faute de financements, la Cour pénale internationale serait contrainte de libérer le prisonnier le plus célèbre d’Afrique, à La Haye, les avocats de Charles Taylor ont fini, ne voyant pas la chose se réaliser, par engager une demande d’acquittement de leur client en raison de la légèreté des charges retenues contre lui.

L’argumentation est la suivante : Charles Taylor n’a pas pu commettre tous ces meurtres, ces viols, ces tortures qu’on lui met sur le dos. Alors, qu’on lui rende sa liberté ! C’est à vous mettre une balle dans la tête, à écouter de telles sornettes, à la limite insultantes pour le tribunal, l’opinion et surtout les victimes.

Il y a longtemps que le profane sait que, dans une entreprise criminelle, il n’y a pas que les exécutants directs qui soient passibles de poursuites et de condamnations. Dans la chaîne du crime, il y a aussi les concepteurs, les parrains, ceux qui apportent aide intellectuelle, financière, etc., les personnes qui font le guet, ceux qui recèlent…, pour ne citer que ceux-là. Mais la colère n’a pas eu le temps de monter en force contre ces avocats puisqu’en Sierra Leone, le Tribunal pénal spécial vient d’y condamner trois anciens chefs dirigeants du Front révolutionnaire uni (RUF) pour avoir commis une série d’atrocités lors de la guerre civile qui a déchiré la Sierra Leone entre 1991 et 2001.

Sesay, 38 ans, a été condamné à un total de 693 ans de prison. Il en purgera 52 ans, ce qui reste la peine la plus sévère imposée par le TSSL. Morris Kallon, 45 ans, a été condamné à 340 ans de prison et en purgera 40. Quant à Augustin Gbao, 60 ans, condamné à 327 ans, il en purgera 25.

Si ce jugement met fin au rêve insensé de l’acquittement de Charles Taylor, c’est que les juges ont conclu que ces trois condamnés avaient « contribué de manière significative » à une entreprise criminelle conjointe avec l’ancien président libérien Charles Taylor pour contrôler les zones de production de diamants afin de financer leur guerre ». On ne voit pas dès lors comment ce dernier, qui est actuellement jugé à la Haye par le même tribunal spécial sur la Sierra Leone pour plus de 10 chefs d’inculpation, puisse échapper à cette jurisprudence qui le concerne au premier chef puisqu’elle établit sa connexion dans l’entreprise criminelle. On sait bien que les avocats font leur boulot pour mériter leurs honoraires et qu’au fond, ils ne croyaient pas eux-mêmes un fichtre mot de leurs demandes qu’ils avaient formulées en somme, pour rire, comme qui dirait. Il n’en reste pas moins que de tels arguments de défense ne devraient pas être brandi par respect pour la robe, pour la Cour, pour l’opinion !

VT

Source :Sanfinna N°510 du 13 au 19 Avril 2009 http://www.sanfinna.com


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