Plan d’action pour un développement durable en Afrique de l’Ouest. Plates-formes nationales des ONG Ouest-Africaines (Johannesburg, août 2002)

dimanche 10 août 2008


Johannesburg, août 2002

source : http://www.coordinationsud.org/spip.php ?article362

Conscients de la dégradation des ressources naturelles et de l’accroissement de la pauvreté dans nos pays et convaincus que cette situation ne s’améliorera pas sans un effort concerté et contractuel des organisations de la société civile, des pouvoirs publics et des organisations internationales, Nous, représentants des plates-formes nationales des ONG du Bénin, du Burkina Faso, de la Guinée, du Mali, de la Mauritanie, du Niger, du Sénégal et du Togo, - avons élaboré un " Plan d’action pour un développement durable en Afrique de l’Ouest " - nous engageons à le mettre en œuvre, - nous appelons les partenaires de la région à nous rejoindre, - nous demandons aux partenaires internationaux de nous soutenir dans cet objectif.

Contexte

La surexploitation et la dégradation générale des ressources naturelles (eau, sol, couvert végétal et vie animale) sont, en Afrique de l’Ouest, alarmantes. Cette situation, qui n’a fait qu’empirer depuis la conférence de Rio, est à la fois conséquence et cause de la situation politique (conflits régionaux, absence de cadre législatif, mauvaise gouvernance politique), sociale (pression démographique, pauvreté des producteurs) et économique (pression marchande) de nos pays. Cette situation ne s’améliorera pas sans un effort concerté et contractuel des pouvoirs publics, des organisations internationales et des organisations de la société civile. L’organisation de la société civile est plus que jamais nécessaire à la mobilisation des "acteurs ou groupes majeurs", tels qu’ils ont été définis dans l’Agenda 21 à Rio. S’agissant de notre région, nous souhaitons insister sur le rôle déterminant des organisations de femmes, de jeunes et de paysans et attirer l’attention sur le rôle spécifique que doivent jouer les diasporas et les organisations de migrants dans les actions pour le développement durable. Les actions, les campagnes et les efforts de renforcement institutionnel, menés en Afrique de l’Ouest, doivent s’appuyer sur ces organisations. Pour leur part, les organisations non gouvernementales d’Afrique de l’Ouest, représentées par leurs fédérations nationales et qui constituent, elles aussi un " groupe majeur ", ont décidé de se mobiliser et de mettre en œuvre un Plan d’action pour promouvoir le développement durable dans la sous-région. Ce Plan propose le lancement d’actions prioritaires mais aussi de campagnes pour favoriser la prise de conscience de la gravité de la situation et dénoncer tous les obstacles au développement durable.

Actions prioritaires

De l’exploitation à la gestion rationnelle et durable des ressources naturelles (RN)

- Organisation d’une gestion de proximité des RN (information et éducation des citoyens, appui à l’organisation des communautés locales, expérimentation d’alternatives organisationnelles) (associations de la société civile et collectivités territoriales)
- Réforme du cadre législatif (décentralisation) et mise en place d’une politique fiscale (parlements et pouvoirs publics)
- Réalisation de diagnostics sur l’état des RN et valorisation des connaissances et pratiques traditionnelles (institutions de recherche)
- Développement d’une information et d’une formation e environnementale (institutions scolaires, radios)
- Délimiter et organiser une gestion locale des zones de conservation de valeur internationale (associations et collectivités territoriales)
- Promotion d’actions d’écotourisme (associations)

Promotion d’une agriculture durable
- Promotion de pratiques agro-écologiques (instituions de recherche, associations, organisations paysannes)
- Renforcement de l’appui à l’organisation paysanne (associations)
- Reconquête des marchés nationaux et création d’un marché sous-régional ou régional, mécanisme de stabilisation des prix et défense de la souveraineté alimentaire (pouvoirs publics, organisations paysannes, associations)
- Promotion et valorisation des produits nationaux (pouvoirs publics, organisations paysannes, associations)
- Réorientation de la recherche agricole en fonction de l’évolution des conditions de production, de transformation et de commercialisation des produits agricoles et de la nécessité de valoriser les facteurs locaux de production (engrais, semences) (institutions de recherche, universités, organisations paysannes, associations)
- Refus des OGM en vertu du principe de préoccupation et du risque d’appropriation privée des ressources génétiques (pouvoirs publics, organisations paysannes, associations)
- Taxation des produits importés subventionnés par les pays du Nord (pouvoirs publics) > Accès à un crédit adapté aux conditions de productions et de commercialisation des agricultures familiales (pouvoirs publics, organisations paysannes, associations)

Gestion des biens et organisation des services essentiels (eau, assainissement, énergie)

- Affirmation du droit à l’accès pour tous à une eau potable et à une énergie domestique, propre et renouvelable (associations)
- Garantie par l’Etat de l’existence de " services essentiels " dans les domaines de l’eau, de l’assainissement et de l’énergie (services dont l’organisation peut être assurée par les pouvoirs publics, le secteur privé ou des associations locales) (pouvoirs publics)
- Mobilisation de financements internationaux pour la réalisation des investissements de base dans les domaines correspondants à ces biens et services essentiels (agences internationales de coopération)
- Promotion des énergies nouvelles et renouvelables et gestion optimale des différentes sources d’énergie (pouvoirs publics, institutions de recherche, secteur privé, associations)
- Appui à la création d’entreprises locales dans les domaines de l’eau, de l’assainissement et de l’énergie (agences de la coopération, institutions de finance solidaire, associations)

Campagnes pour la mise en place d’un cadre international et régional favorable au développement durable

Ratification et mise en œuvre des " Accords mondiaux sur l’environnement " (Convention sur le changement climatique et convention sur la diversité biologique, accords et protocoles en découlant).

Il s’agit de lancer ou de participer à des campagnes internationales visant à :
- Dénoncer le retrait ou l’immobilisme des pays du Nord quant à la ratification et à la mise en œuvre des AME.
- Mettre en œuvre les principes sur lesquels ont été élaborés les AME (principe de précaution, principe pollueur-payeur, principe du traitement spécial et différencié...) et faire respecter le droit, les normes et les clauses environnementales (et sociales).
- Dénoncer les modes de production et de consommation à l’origine des dégradations de l’environnement et des ressources naturelles.

Prise en compte des questions environnementales (et sociales), des conditions spécifiques des pays en développement et de la situation particulière des pays africains dans les accords financiers, économiques et commerciaux (accords de l’OMC particulièrement).

Il s’agit là encore de lancer ou de participer à des campagnes internationales visant à :

- Promouvoir le droit, les normes et les clauses environnementales (et sociales) et encadrer le droit des affaires aujourd’hui dominant.
- Remettre en cause la brevetabilité et la privatisation du " vivant ", demander la renégociation de l’accord ADPIC et dénoncer la diffusion sans précaution des OGM et la protection excessive des médicaments.
- Dénoncer le déséquilibre dans l’application de l’accord agricole et demander sa renégociation pour prendre mieux en compte les différences dans les conditions d’exercice des différentes agricultures mondiales et locales.
- Faire valoir le principe d’un traitement spécial et différencié dans la négociation des accords Nord-Sud interrégionaux (Accord Europe-ACP).
- Faire valoir un principe de subsidiarité dans l’organisation des échanges économiques et privilégier les échanges intrarégionaux plutôt que les échanges internationaux
- Réclamer une réforme des institutions financières internationales (FMI, Banque mondiale et OMC) pour les rendre transparentes et démocratiques et donner aux pays du Sud la place qui doit leur revenir dans leur gouvernance.

Activation de tous les mécanismes financiers permettant un financement du développement durable.

Il s’agit de lancer ou de participer à des campagnes internationales visant au :

- Respect des engagements en matière d’aide publique au développement (O,7% du PNB pour les pays membres de l’OCDE).
- Annulation de la dette et développement en contrepartie de l’investissement national.
- Reconstitution du FEM et réforme de ses procédures pour faciliter l’accès fonds des associations de la société civile.
- Stabilisation à un niveau acceptable des prix des produits agricoles et des matières premières.
- Promotion du principe d’une fiscalité internationale et d’une taxation des flux financiers spéculatifs, du commerce des armes et des dépenses publicitaires.
- Mobilisation d’une épargne solidaire nationale et internationale.
- Lutte contre la corruption et la fuite des capitaux.
- Lutte contre les dépenses improductives.

Renforcement des organisations de la société civile, clés de la construction démocratique, de l’intégration régionale, de la décentralisation et du développement durable

La démocratie, l’intégration régionale et la décentralisation sont les bases sur lesquelles doivent s’appuyer les stratégies de développement durable. Elles seront solides que si les droits civiques, économiques, sociaux et culturels sont respectés. Là où ces droits ne le sont pas, les organisations de la société civile doivent les revendiquer avec force. Pour agir avec efficacité dans le développement durable, les acteurs de la société civile doivent se renforcer.

Renforcement des mouvements associatifs nationaux

- Création d’un observatoire de l’organisation des sociétés civiles nationales ouest-africaines.
- Organisation de réseaux nationaux de communication entre les associations.
- Renforcement institutionnel des associations (formation, information).
- Création ou renforcement d’une plate-forme nationale des ONG.

Mobilisation des acteurs majeurs de la société civile
- Appui aux organisations de femmes, de jeunes et de paysans à leurs actions spécifiques.
- Mobilisation des diasporas et développement des actions de coopération avec les organisations de migrants.
- Appui aux organisations syndicales et à leurs actions de lutte pour la mise en œuvre des droits sociaux.
- Mobilisation des organisations de scientifiques et d’universitaires et des compétences nécessaires à la conception et la mise en œuvre des actions et des campagnes de ce Plan d’action.

Construction d’une coopération régionale entre mouvements de la société civile
- Organisation d’un réseau régional de communication entre les plates-formes et les autres mouvements de la société civile.
- Définition des priorités régionales de coopération (actions prioritaires et campagnes).
- Construction d’un mécanisme régional de coopération à partir des initiatives et dynamiques existantes, notamment celles concernant le développement durable.
- Célébration d’une " journée " de la société civile, de la démocratie et du développement durable.

Participation au mouvement citoyen international
- Participation aux campagnes internationales répondant aux revendications des mouvements ouest-africains.
- Participation à des programmes internationaux correspondant aux actions prioritaires du Plan d’action.
- Préparation concertée des conférences et événements internationaux.


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