Organismes Génétiquement Modifiés : une menace déjà bien présente au Burkina ( l’exemple de la filière coton) Déclaration de la CGTB (Confédération Général du Travail du Burkina Faso)
samedi 18 octobre 2008
Introduction
Au Burkina Faso, la culture du coton est pratiquée depuis l’époque précoloniale pour satisfaire les besoins de la consommation locale. Sous la colonisation, c’est pour les besoins du colonisateur, que la culture du coton et d’autres cultures de rentes vont être imposées à travers des travaux forcés.
L’administration coloniale créera des sociétés chargées de la recherche, de la production et de la collecte et de l’exportation du coton vers la métropole. Ainsi sera créée après la suppression des travaux forcés en 1946, la compagnie Française des Fibres et Textiles (CFDT) en 1949. Cette dernière société jouera un rôle capital dans la filière coton pendant près d’un demi siècle.
La filiale voltaïque de la CFDT commença ses activités en 1951 avec l’installation d’une direction inter- Etats de l’Afrique de l’Ouest à Bobo – Dioulasso.
De la CFDT à la SOFITEX :
Après l’indépendance du pays en 1960, l’Etat voltaïque opta pour une phase de transition avec la société « Haute – Volta / CFDT » qui dura de 1970 à 1979, avant de créer le 20 juin 1979, la Société Voltaïque des Fibres et Textiles ayant comme actionnaires :
Etat Voltaïque : 55%
CFDT : 44%
Privés Voltaïques : 1%
En 1981, la société « Haute – Volta / CFDT » s’agrandit avec l’implantation de l’usine d’égrenage de Dédougou et de certains aménagements.
En 1984 avec le changement du nom du pays, la société pris le nom de « société Burkinabé des Fibres Textiles » en abrégé « SOFITEX ».La dévaluation du Franc CFA de janvier 1994 et le relèvement du cours mondial du coton, ont été saisi par les autorités burkinabé pour relancer la filière coton à partir de 1995 / 1996.
Cependant, il convient de rappeler qu’en 1991, le Burkina Faso entre dans les PAS des institutions de Bretton Woods et se désengage des secteurs de production et de commercialisation. L’Etat cède alors une partie de ses actions aux producteurs de coton qui se réorganisent en groupements de producteurs de coton et créent leur faîtière, l’Union Nationale des Producteurs de Cotons ( UNPCB). C’est à cette structure que l’Etat cède une partie de ses actions en 1999.
Le capital de SOFITEX est désormais ainsi reparti :
Etat Burkinabé : 35%
- DAGRIS ( ex-CFDT) : 34%
- Union Nationale des Producteurs de Cotons ( UNPCB) : 30%
- Privés Burkinabé : 1%
La filière coton Burkinabé connaît alors un développement accéléré et la production ( coton – graine) est passe de moins de 100 000 tonnes en 1980 à plus de 150 000 tonnes au début des années 1990 et franchir la barre de 500 000 tonnes durant la campagne 2004/ 2005, atteignant 632 355 !
Cette évolution a été rendue possible par la prise en compte d’un certain nombre de facteurs dont le retour de nombreux compatriotes de Côte – d’Ivoire en 2002 et surtout grâce à la prise en charge de la question de la politique semencière.
En effet, le niveau de la production et des rendements est tributaire de la qualité des semences. C’est pourquoi, pour la relance, l’accent a été mis sur l’amélioration des variétés cultivées et le contrôle de la qualité de la semence.
C’est pourquoi, le contrôle annoncé de la politique semencière par des multinationales comme Monsanto, inquiète nombre de producteurs burkinabé.
L’avenir de la filière coton et des cotonculteurs au Burkina Faso, face à l’iniquité du commerce international et aux pressions des multinationales.
La libéralisation des structures de gestion de la filière et son impact sur les conditions des travailleurs :
Sous des pressions diverses, la SOFITEX a rétrocédé les zones de l’Est et du Centre respectivement à deux sociétés privées qui sont la SOCOMA pour la zone de l’Est – Burkina, société qui emploie 190 permanents et 450 saisonniers, et Faso Coton pour la zone du centre, société qui emploie 100 permanents et 400 saisonniers.
La SOFITEX demeure néanmoins la principale société, employant 1398 permanents et 2862 saisonniers.
En 2004, une convention collective sectorielle a été signée avec les travailleurs du secteur des fibres et textile. Les nouvelles sociétés créées traînent le pas pour l’application de ladite convention, toute chose qui engendre des tensions sociales et des luttes de travailleurs.
La pénétration / ou l’offensive des multinationales ( Monsanto) par le biais des OGM, inquiète producteurs et acteurs de la société civile ;
Les grands progrès de la génétique qui offrent désormais les possibilités d’identifier les gènes, de les isoler et de les introduire dans les génomes, de créer des organismes génétiquement modifiés (OGM) et surtout la possibilité de breveter les gènes, offre la possibilité aux multinationales de faire des profits colossaux dans l’industrie semencière.
Les grandes multinationales se sont alors engouffrées dans cette voie avec pour ambition de contrôler l’industrie semencière mondiale. C’est ce qui explique l’irruption des multinationales telles que Monsanto, Syngenta, etc. dans la production semencière bousculant et engloutissant les petites compagnies semencières qui jusque – là, occupaient les lieux.
Aujourd’hui, six (6) grandes multinationales contrôlent la production des semences OGM. Il s’agit de :
Monsanto (USA)
Syngenta (Suisse)
Aventis (EUR)
Dupont / Pioneer (USA)
Dow Elanco (USA)
Zeneca (RU)
Ce bouleversement entraîne et entraînera des conséquences dramatiques pour les petits agriculteurs en général et particulièrement pour ceux du Burkina Faso. Au nombre de ces conséquences il y’a :
1. La ruine des petits agriculteurs :
Les OGM sont conçus pour produire dans les conditions d’une agriculture industrielle, mécanisée, utilisant intensivement des engrais et des traitements chimiques. Ce sont les conditions pour les valoriser. Cette orientation encourage la monoculture intensive et marginalise progressivement les paysans pauvres.
L’adoption des OGM par les paysans pauvres va entraîner leur ruine. Or, la quasi totalité des paysans du Burkina Faso sont de petits agriculteurs pauvres. La vulgarisation de ces variétés va donc entraîner une paupérisation encore plus grande des couches les plus démunies. Ce à quoi contribuera le renchérissement des prix des semences : en effet, la création d’OGM fait appel à une technologie de pointe qui coûte tellement cher qu’elle est l’apanage des grandes firmes internationales qui ont les moyens financiers de s’y lancer. Il s’agit de grands holdings financiers du Nord qui n’ont d’autres objectifs que de faire des profits. Les entreprises du Sud et même la recherche publique financée par les Etats du sud ne disposent pas de moyens suffisants pour entreprendre de telles recherches.
Pour longtemps encore, ce seront les puissances financières du Nord, celles qui ont même des moyens d’influencer les institutions internationales et les gouvernants, qui contrôleront ce domaine et ils le feront pour leurs intérêts. En bout de chaîne, elles vont répercuter les coûts de la recherche sur la semence : le prix de chaque graine OGM vendu au paysan, comprendra le prix de la technologie. A titre d’exemple, les frais de technologie pour les semences de coton Bt ( Bollgard II ) sont estimés à plus de 50 dollars US par Ha ( CF. GRAIN, 2004). Ce renchérissement du coût de la semence, le rendra encore moins accessible à des paysans dont le pouvoir d’achat est extrêmement bas, eux qui éprouvaient déjà d’énormes difficultés pour acquérir les semences améliorées par les voies traditionnelles.
Les agriculteurs vont alors être obligés de s’engouffrer dans un engrenage de crédits pour acquérir les intrants, ce qui les conduira inévitablement à la faillite. Cela a été le cas en Inde ou, suite aux mauvaises récoltes, des petits producteurs de coton Bt sont tombés en faillite et des dizaines d’entre eux ont été acculés au suicide. De plus, la technologie est incertaine et augure des lendemains difficiles pour les paysans. Des chercheurs de l’Université de Cornell (USA) ont en effet montré qu’en Chine, durant les premières années de culture de coton Bt, les paysans utilisaient 70 % d’insecticide en moins que pour les cotons conventionnels et leur production était 36 % supérieure. Mais après 7 ans de culture de coton Bt, on constate un accroissement considérable des insectes ravageurs autres que ceux détruits par la toxine Bt. Les paysans cultivateurs de coton Bt sont alors obligés de pulvériser 20 fois leurs champs alors que leur production est inférieure de 8% à celle des cotons conventionnels.
2. La dépendance des agriculteurs vis-à-vis des multinationales :
Le brevet est un droit accordé à un inventeur pour empêcher d’autres personnes de fabriquer, utiliser et/ou vendre l’invention brevetée pour une période de 15 à 20 ans. Appliquée aux gènes, cela donne la propriété des variétés contenant le gène au détenteur qui est la multinationale.
Le système des brevets supprime donc le droit que les anciennes réglementations accordaient aux paysans de prélever de la semence dans leur propre récolte et qu’on appelle le "privilège des agriculteurs". Ils sont contraints, sous peine de poursuites judiciaires, de se réapprovisionner en semence auprès du producteur de semences qu’est la multinationale. Ils deviennent ainsi des esclaves de la multinationale. Même s’il refuse de cultiver des OGM et que par le jeu de la pollinisation par le vent ou par les insectes, du pollen OGM est apporté dans son champ, il est passible de poursuites. Cela a été le cas de ce paysan canadien qui a été poursuivi par Monsanto Pire, les multinationales vont ainsi contrôler progressivement la production semencière mondiale et assujettir l’agriculture mondiale et particulièrement l’agriculture des PED (pays en développement). C’est une nouvelle colonisation.
3. Perte de la diversité génétique :
Le système des brevets va détruire le mécanisme de gestion des Ressources Phytogénétiques (RPG) qui est un mécanisme d’échanges libres et gratuit des semences, que les agriculteurs pratiquent depuis de nombreuses générations et qui leur a permis de préserver et développer l’importante diversité génétique des différentes espèces. Les communautés locales seront écartées de la gestion des Ressources Phytogénétiques (production et échanges des semences), ce qui contribuera non seulement à l’érosion de la diversité biologique mais aussi, à la désagrégation des structures sociales.
Au Burkina Faso, ce sont essentiellement les multinationales Monsanto et Syngenta ( respectivement, américaine et suisse), qui se sont implantées et qui depuis 2003, mènent des essais respectivement sur des coton Bt et VIP. Ces essais, officiellement conduit en milieu confiné sont en réalité conduit en plein champ, puisque les filets des premiers essais ont été retirés les années suivantes. Ces essais ont été menés avec des variétés américaines et avaient pour objectif de tester l’efficacité du gène Bt vis-à-vis des ravageurs du Burkina Faso.
En 2005, la firme Monsanto a entrepris d’introduire le gène Bt dans des variétés burkinabé et cette année cette firme a obtenu de mettre ces variétés en cours de transformation, en essais. Les autorités ont malheureusement franchi le pas de vouloir passer la saison prochaine à la vulgarisation de ces variétés, avant même que les essais ne soient terminés.
Quelques éléments de réflexions sur l’avenir de la filière.
L’examen de la situation mondiale actuelle indique un état de pauvreté généralisé des populations dans toutes les régions du monde. Parmi les principales causes de cette situation, se trouvent les conséquences d’une mondialisation dont l’objectif principal est de tirer le maximum de profit et au moindre coût, de l’ensemble de la richesse mondiale.
En effet, la mondialisation exige l’accès sans entrave à n’importe quel marché par-dessus les frontières (ce qui implique beaucoup de flux et la nécessité d’un développement prodigieux des technologies de l’information et de la communication) et l’assujettissement de la plupart des activités économiques, même les plus locales, à la logique concurrentielle et aux besoins de l’économie mondialisée.
La pénétration sans entrave aucune des multinationales pour contrôler la production agricole des pays du Sud et leurs paysans pauvres, montre clairement toute la nuisance de la fameuse libre concurrence et toute l’iniquité des règles qui régissent les échanges internationaux.
Cette situation impose de repenser et de réformer les politiques économiques et sociales menées jusqu’ici ; ce d’autant plus qu’il est évident que l’Objectif visant à réduire de moitié la pauvreté dans le monde d’ici 2015 comme le préconisent les Objectifs du Millénaire pour le Développement ne sera pas atteint ; et ce n’est pas la ruine prévisible des paysans pauvre de l’Afrique de l’Ouest qui améliorera la situation.
En conclusion, il convient de poursuivre la dénonciation des règles iniques du commerce internationale, de mener la réflexion et d’agir pour arrêter le pillage des ressources du continent, de poursuivre la production du coton biologique, de développer en partenariat au niveau africain, des entreprises pour la transformation sur place d’une partie du coton produit, d’appliquer strictement la règle de précaution en matière de recherche scientifique sur les OGM.
Ouagadougou, le 8 novembre 2007
Le collectif syndical CGT-B.
Mots-clés
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