Le Burkina étend la culture du coton transgénique, des ONG contestent, les agriculteurs sont réticents

lundi 1er juin 2009

Nous publions ci-dessous 3 articles rendant compte des difficultés à faire accepter l’extenion de la culture du coton OGM au Burkina


Le Burkina étend la culture du coton transgénique, des ONG contestent - Papier d angle, Prev- AFP

OUAGADOUGOU, 19 mai 2009 (AFP) - Le Burkina Faso compte ensemencer en 2009-2010 plus de 100.000 hectares de coton transgénique, dans l’espoir d’augmenter la productivité et les revenus des paysans, mais la polémique enfle à Ouagadougou sur cette expansion du coton promu par Monsanto.

Après l’Afrique du Sud, le Burkina est le deuxième pays d’Afrique subsaharienne à s’être lancé dans la production de coton génétiquement modifié.

L’an dernier, 8.500 hectares avaient été emblavés. "Cela nous a permis d’avoir suffisamment de semences pour nous permettre de vulgariser le coton transgénique cette année", explique à l’AFP un responsable de la Société des fibres et textiles (Sofitex), Georges Yaméogo.

Il s’agit maintenant d’ensemencer "118.000 hectares", selon le ministère de l’Agriculture.

Des chercheurs de l’Institut de l’environnement et de recherches agricoles (Inera) ont suivi les expérimentations dans des fermes, en collaboration avec la firme américaine Monsanto qui fournit le gène. Et la variété Bollgard II du groupe a été retenue.

Les promoteurs du coton Bt affirment qu’il présente au moins trois avantages : utilisation réduite des pesticides, augmentation de "30%" des rendements à l’hectare, hausse des revenus des agriculteurs.

Comme ce coton a été génétiquement modifié pour résister à certains parasites, "les paysans feront des économies sur les pesticides", assure M. Yaméogo, qui renchérit : "La bonne santé des producteurs sera préservée par une utilisation moindre des insecticides."

Quant au professeur Allassane Séré, responsable d’une association favorable aux OGM, Burkina biotech, il fait valoir que "personne ne s’est inquiété jusqu’à présent des dégâts causés par les pesticides pour le traitement du coton conventionnel".

"Les eaux sont polluées, des poissons meurent, les insectes sont tués", assure cet ancien ministre de l’Agriculture.

Mais des organisations non gouvernementales (ONG) contestent vivement ces arguments.

Elles estiment que le coton Bt a échoué à apporter des avantages aux petits agriculteurs dans le monde et que sa culture est dangereuse à long terme pour l’environnement.

"Aucune expertise indépendante ne nous a montré l’inocuité de cette technologie ni de cette variété", dit l’écologiste Yacouba Touré, membre du Réseau des acteurs verts de l’Afrique de l’Ouest.

Le généticien Jean Didier Zongo, au nom de la Coalition de veille face aux OGM, rejette par ailleurs l’argument d’une importante hausse des rendements, "obtenus en stations, mais qui donneront autre chose chez les paysans".

Pour que le coton transgénique soit attractif, les sociétés cotonnières ont prévu de céder le sac de semences de 30 kg à 26.000 FCFA (39,6 euros), soit 100 francs (0,15 euro) de moins que le coton conventionnel. M. Zongo redoute cependant qu’à long terme, la biotechnologie soit finalement inaccessible aux producteurs car "elle est vendue par Monsanto qui pourra renchérir les coûts".

Le contrat établi entre le groupe américain et les autorités burkinabè - courant jusqu’à fin 2010 - prévoit que les gènes demeurent propriété de Monsanto et que la variété appartient au pays.

Quant aux bénéfices sur la vente des semences, 60% doivent revenir aux paysans qui les produisent, 28% à Monsanto et 12% à des structures de recherches sur le coton Bt, selon M. Séré.

"Comparez avec le mode de répartition des royalties en Inde ou en Afrique du Sud" où Monsanto opère aussi, lance M. Yaméogo, persuadé que le Burkina a su négocier un contrat avantageux.

Par Romaric OLLO HIEN

roh/lbx/cpy/dp

BURKINA-USA-AGRICULTURE-BIOTECHNOLOGIE-COTON - 19/05/2009 07h41 – AFP


Campagne cotonnière 2009-2010 Les producteurs de Gnanfongo et Banwaly redoutent le coton OGM

Dans le cadre du lancement de la campagne cotonnière 2009-2010, deux équipes de la Société des fibres et textiles (SOFITEX) sont allées à la rencontre des cotonculteurs des villages de Gnanfongo et Banwaly (province du Houet) respectivement les 11 et 12 mai 2009. Dans l’ensemble, les producteurs de ces deux localités sont sceptiques quant à la culture du coton transgénique en phase de vulgarisation cette année.

Comme il est de coutume en début de campagne cotonnière, les responsables de la SOFITEX, à travers des forums, vont à la rencontre des cotonculteurs burkinabé afin de faire le point de la saison écoulée et donner des informations sur celle à venir. A Gnanfongo, village situé à une cinquantaine de kilomètres au Sud de Bobo-Dioulasso, l’équipe de la SOFITEX, dirigée par le directeur commercial de la Société, Augustin Zagré, n’a pas dérogé à la règle. Mais avant tout propos, M. Zagré, assisté du chef de la zone Bobo Sud, Yassia Sawadogo et du formateur Ben Guiré, a relevé que les présents forums se tiennent dans un contexte de crise financière mondiale qui n’épargne pas la SOFITEX et la filière coton. « Cependant, il y a une note d’espoir car nous avons le coton OGM qui, en phase de vulgarisation cette année au Burkina Faso, va permettre d’augmenter les rendements. Aussi, l’Etat s’est engagé à soutenir la filière coton pour la campagne 2009-2010 en subventionnant les intrants pour plus de 7 milliards de F CFA et en octroyant une somme de plus de 4 milliards de FCFA pour aider à solutionner les impayés de crédits internes aux groupements des producteurs », a-t-il poursuivi. 160 FCFA/Kg pour le premier choix.

Convaincu que la filière coton est un secteur vital pour l’économie burkinabé, M. Zagré a pris à témoin les performances de la SOFITEX qui, à l’entendre, a pu réunir 3 529 000 millions de tonnes de coton graine entre les années 2000 et 2008. Une quantité de production qui, a-t-il souligné, a généré un chiffre d’affaires de 1027 milliards FCFA.

Dans le vif du sujet, un des membres de l’équipe, Ben Guiré, a donné des informations utiles sur la campagne qui s’achève (2008-2009) et celle qui démarre (2009-2010), aux quelques producteurs de la zone Bobo Sud réunis à Gnanfongo. Selon lui, 310 000 tonnes de coton graine ont été produites au cours de la campagne écoulée dans la zone SOFITEX et 450 000 tonnes y sont attendues pour la nouvelle saison. Ces chiffres prennent en compte les deux types de coton (OGM et conventionnel). A propos de la campagne 2008-2009, M.Guiré dira que le prix d’achat plancher du coton graine par kilogramme est fixé à 160 FCFA pour le premier choix et 135 FCFA pour le second. Revu à la baisse par rapport à celui de la campagne écoulée (165 FCFA pour le premier choix et 145 FCA pour le deuxième), ce prix, ont affirmé les membres de l’équipe, serait une conséquence directe de la crise financière mondiale. Hormis ce point, il a été aussi question des prix des intrants agricoles destinés à la culture du coton conventionnel et transgénique pour la nouvelle campagne.

Aussi bien pour le coton conventionnel que transgénique, le sac de NPK va revenir à crédit à 13 200 FCFA aux producteurs et celui de l’urée à 14 400 FCFA tandis que le coût du traitement de l’insecticide à l’hectare est de 4 342 FCFA. Pour ce qui est des semences, il en existe deux sortes pour le coton conventionnel. Il s’agit de la semence délintée qui sera vendue à crédit à 552 FCFA le sac et de celle dite non délintée qui coûtera 870 FCFA le sac. Quant au coton OGM, il a une seule semence estimée à 27 000 FCFA le sac pour un hectare.

De Gnanfongo à Banwaly : le coton OGM rejeté

Des prix des intrants, l’équipe de la SOFITEX qui a animé le forum à Gnanfongo en est arrivé au sujet de la ristourne instituée au profit des producteurs. Celle de la campagne 2009-2010, a-t-on appris, sera déterminée en avril 2010 conformément aux dispositions du mécanisme de lissage y relatives. Les informations communiquées à Gnanfongo sont les mêmes que celles portées à la connaissance des producteurs de Banwaly (commune rurale de Padéma) par une autre équipe de la SOFITEX conduite par le directeur par intérim des ressources humaines de la Société, Hamdine Bâ. Mais une fois ces informations livrées de part et d’autre, les équipes de la SOFITEX ont échangé avec les producteurs sur leurs préoccupations comme le veut la tradition des forums. Outre les problèmes de gestion de leurs groupements professionnels, les producteurs que ce soit à Gnanfongo ou à Banwaly, ont en majorité regretté le retard enregistré par la SOFITEX dans le paiement du coton et de la ristourne de la campagne écoulée. Dans l’ensemble, ils ont également exprimé leur réticence à cultiver du coton OGM malgré ses avantages (augmentation de rendement, usage réduit d’insecticides…).

La plupart des producteurs disent ne pas avoir confiance au coton OGM et trouvent le prix de sa semence élevé. Concernant le retard de paiement observé par la SOFITEX dans l’achat du coton, des excuses ont été présentées aux producteurs et la même explication donnée à Gnanfongo tout comme à Banwaly. « Cette situation s’explique par le fait que les prix du coton étaient bas à un moment donné sur le marché international. Si bien que nous avons préféré patienter pour vendre mieux la quantité dont on disposait. Ce qui a fait que nous avons accusé un retard à vous payer, mais cela sera réglé dans les prochains jours », a argué le chef d’équipe de la SOFITEX, Augustin Zagré, à Gnanfongo.

Donnant plus de précisions, le chef d’équipe de la SOFITEX, Hamdine Bâ, a confié aux producteurs de Banwaly que « le paiement du coton a commencé depuis le 8 mai 2009 et devrait prendre fin à la fin du même mois ». La question du retard dans le paiement du coton a été évoquée avec passion par les producteurs des deux localités au même titre que celle du coton OGM. Aussi bien à Gnanfongo qu’à Banwaly, les équipes SOFITEX sont revenues de long en large sur les avantages du coton transgénique, histoire de convaincre les producteurs de le cultiver. Mais rien n’y fit ! Les arguments déployés n’ont pas eu raison de la réticence des producteurs qui rejettent visiblement le coton OGM promu pourtant à l’échelle nationale par les autorités. « Ne nous importunez plus avec cette histoire. Le coton conventionnel et OGM, c’est même pipe même tabac », a dit un producteur. Ayant tenté en vain de convaincre les producteurs à Banwaly, le chef d’équipe de la SOFITEX, Hamdine Bâ, a fait savoir à ceux-ci que ce n’est pas une obligation de cultiver du coton OGM. « Celui qui est intéressé peut le faire et celui qui ne l’est pas ne le fait pas ! », a-t-il lancé à l’endroit des producteurs de Banwaly.

Kader Patrick KARANTAO stkaderonline@yahoo.fr

source : http://www.sidwaya.bf/


Filière coton au Burkina Faso La SOFITEX s’évertue à convaincre les producteurs

Depuis le 8 mai dernier, des équipes de la Société des fibres et textiles du Burkina Faso (SOFITEX) sillonnent le pays pour des échanges avec les producteurs de coton. L’équipe conduite par l’inspecteur Saïdou Dicko s’est rendue, mercredi 13 mai 2009 à Yé, dans la province du Nayala, zone cotonnière de Koudougou.

Les producteurs de coton de Yé ont montré leurs réticences face à la culture du coton OGM dont ils jugent le prix de la semence (27 000 F CFA/ha) très élevé.

Les producteurs de coton du département de Yé, province du Nayala, à l’instar de ceux d’autres localités se sont estimés lésés, la campagne écoulée (2008-2009). Leur produit (le coton) a été payé avec un retard inhabituel. Même si cette situation est quasi générale (crise internationale oblige), le cas de Yé a été accentué par le fait que l’usine de Léo qui devait être fonctionnelle et recevoir la production cotonnière de la zone, ne l’a pas été à temps. C’est finalement, à l’usine de Koudougou que la production a été acheminée avec un retard remarquable. Conséquence, les producteurs ne sont pas contents. Ils l’ont fait savoir au cours des débats avec l’équipe de la Société des fibres et textiles (SOFITEX) venue échanger avec eux, le mercredi 13 mai 2009.

La rencontre s’est inscrite dans le cadre des forums organisés par la SOFITEX dans ses zones d’intervention. L’objectif étant de faire le bilan de la campagne écoulée et d’envisager la prochaine campagne. En terme de bilan, il ressort que la production cotonnière dans la zone de Yé a connu une baisse cette année : 2400 tonnes contre 3000 tonnes en 2007-2008. Cette baisse de production s’expliquerait par, entre autres, une fin précoce des pluies et le retrait de certains producteurs de la culture du coton. Le chef de la zone cotonnière, Serge Da Sié, a relevé que la production générale de la région est de 40 000 tonnes cette année. La production nationale, elle, a été de 380 000 tonnes contre 500 000 tonnes de prévision. C’est dire que les objectifs de la SOFITEX n’ont pas été atteints. D’où la nécessité pour la société, de galvaniser davantage les producteurs à mieux faire durant la campagne à venir.

Pour ce faire, l’équipe de la SOFITEX conduite à Yé par l’inspecteur Saïdou Dicko, se devait de convaincre les paysans. La tâche a été d’autant plus pénible que le prix d’achat du kg de coton pour la campagne 2009/2010 connaît une baisse : de 165 F CFA à 160 F CFA pour le 1er choix et de 145 F CFA à 135 F CFA pour le second choix. Pendant ce temps, le prix des intrants n’a pas connu de modification par rapport à la campagne écoulée. Monsieur Dicko et ses collaborateurs se sont attelés à expliquer aux “cotonculteurs” de Yé et partout où ils sont passés, les raisons de la chute du prix du coton. Ils leur ont dit que ce déclin du prix est loin d’être une volonté de la SOFITEX, mais plutôt dû à des facteurs exogènes. C’est pourquoi la délégation de la SOFITEX demande aux producteurs d’être compréhensifs et surtout de ne pas se décourager. A entendre Saïdou Dicko et son équipe, le gouvernement et la SOFITEX auraient pris des dispositions pour aider les producteurs pour la toute prochaine campagne. Ainsi, pour la campagne 2009/2010, l’Etat octroie une subvention des intrants à hauteur de sept milliards de francs CFA. De même, une aide de 4,35 milliards de francs CFA est accordée aux Groupements des producteurs de coton (GPC) pour l’apurement des impayés internes entre GPC.

Une étude réalisée par l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina Faso (UNPCB) montre qu’à la date du 30 novembre 2008, les impayés internes des producteurs de coton sont estimés à 4,335 milliards de francs CFA.

Réticence pour les semences OGM

De l’avis des acteurs de la filière, l’existence de ces impayés internes serait à la base de la baisse de la production cotonnière. En effet, cela a occasionné la désaffection de nombreux producteurs, découragés.

L’autre alternative adoptée par la SOFITEX pour développer la filière coton au Burkina Faso est l’adoption, surtout la vulgarisation du coton transgénique. Pour la campagne 2009/2010, 118 000 hectares (contre 8 000 ha en 2008/2009) de coton Organique génétiquement modifié (OGM) sont envisagés. Les paysans devront débourser la somme de 27 000 francs CFA par hectare pour acquérir les semences du coton OGM. Un coût que les producteurs de Yé jugent très exhorbitant. Lorsque la parole leur a été donnée pour s’exprimer, l’essentiel de leurs préoccupations a porté sur ce sujet. “Pourquoi fixer aussi haut les prix de la semence OGM alors que l’on estime que c’est une variété qui vient soulager les paysans ? “Les semences OGM, lorsqu’on les sème, ne meurent-elles pas ?” “Est-ce que la production du coton OGM sera achetée à un prix nettement supérieur à celui du coton conventionnel ?” Telles ont été, entre autres, les questions des producteurs de coton de Yé. De l’avis du président provincial des producteurs de coton du Nayala, Célestin Gala, le prix des semences du coton OGM peut être un facteur décourageant.

Toutefois, il a exhorté les producteurs à s’aventurer dans la culture du coton transgénique qui, selon lui, présente de nombreux avantages. Lui-même en a fait l’expérience. Les techniciens de la SOFITEX n’en diront pas le contraire. Selon le chef de mission, Saïdou Dicko, ensuite le chef de zone, Serge Sié Da, en adoptant le coton OGM, les producteurs pourront augmenter considérablement leurs rendements. En outre, le nombre de traitement diminue avec le coton transgénique, passant de six à quatre traitements. “Tous ces privilèges feront que vous ne verrez pas trop l’effet du prix de la semence puisque vous allez vous rattraper après la vente”, ont précisé, les porte-parole de la SOFITEX. Selon leurs explications, le prix des semences du coton OGM dépend de la firme américaine détentrice du brevet. La délégation de la société cotonnière a, par ailleurs, rappelé que l’objectif de la SOFITEX cette année, est d’atteindre au moins 475 000 tonnes. A défaut, la société fonctionnerait à perte. C’est à juste titre que la galvanisation des producteurs s’avère nécessaire. La campagne nationale de sensibilisation s’étend du 8 au 26 mai 2009. Dans la zone cotonnière de Koudougou, l’équipe dirigée par Saïdou Dicko a déjà sillonné les départements de Fara, Zawara, Kyon et de Yé. La randonnée continue et prend fin dans la zone le 22 mai 2009 par le département de Gao.

Alban KINI alban_kini@yahoo.fr

source : http://www.sidwaya.bf/


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