La crise togolaise et la question de la facilitation : Blaise Compaoré est-il indiqué pour faire avancer la démocratie au Togo ?
vendredi 27 novembre 2009
Source : Tultogo.com 12/10/2009
Depuis le 5 octobre 1990, c’est-à-dire 19 ans jour pour jour, le Togo n’en finit pas avec la sempiternelle crise politique. Les acteurs politiques, eux, ne cessent de courir d’une capitale à une autre à la recherche de solutions. En 19 ans de lutte pour l’avènement de la démocratie faite de milliers de morts, de mutilés, de refugiés, de dégâts inestimables, le Togo est loin d’apercevoir le bout du tunnel. Et pourtant, plusieurs bonnes volontés se sont planchées sans succès au chevet de ce pays qui est devenu un véritable cas d’école non seulement dans la sous région mais aussi partout en Afrique.
Au moment où l’ensemble de la classe politique togolaise vient de boucler de nouvelles discussions dans la capitale du Faso pour, dit-on, trouver une solution à la crise née de la désignation nocturne au forceps et rocambolesque de Henri Kolani et à bien d’autres questions en suspend, il convient de faire une analyse approfondie de l’utilité même de la facilitation au regard des enjeux régionaux qui s’offrent à chaque pays et de la personne qui l’incarne. D’entrée de jeu, il faut reconnaître que la question de la facilitation divise la classe politique togolaise. A l’UFC où on ne fait pas confiance au pouvoir en place, la facilitation devient le seul recours pour faire entendre raison au RPT. Si à l’UFC on y croit au point de s’y accrocher souvent, au CAR on ne croit pas par principe à la facilitation. On privilégie des solutions internes. Quant au RPT on estime qu’il faut chercher une solution à l’interne mais on fait confiance à la facilitation dès lors qu’on a l’assurance qu’elle permet de rouler l’adversaire dans la farine.
Depuis 19 ans donc, la classe politique togolaise continue de patauger dans cet engrenage de la facilitation et peine à trouver une voie de sortie. Les fortunes récoltées par les uns et les autres sont diverses. Le RPT est toujours au pouvoir, l’opposition en quête de stratégies et le pays n’a pas évolué. Au contraire, il s’enfonce dans une situation de non droit et la pauvreté est devenue un phénomène endémique. Du coup des voix s’élèvent et se demandent à quoi sert au juste cette facilitation ? Sur le plan géopolitique fait de concurrence entre les pays voisins, le Burkina Faso a-t-il intérêt à voir le Togo décoller ? Le Président Blaise Compaoré est-il l’homme qu’il faut pour faire avancer le Togo sur le plan démocratique ?
* La crise togolaise fait l’affaire des pays voisins
Tous les spécialistes en développement reconnaissent que les premiers pays bénéficiaires de la longue crise politique togolaise sont incontestablement les pays voisins. Si le Ghana avait déjà pris une longueur d’avance sur le Togo, le Burkina Faso, le Benin et accessoirement le Niger et le Mali sont devenus les destinations privilégiées des investisseurs. Le Togo étant enfermé dans un cycle d’élections-violences-négociations et donc d’instabilité chronique, les principaux partenaires en développement et les investisseurs sérieux ont plié bagages pour s’installer au Benin et au Burkina laissant la place au Togo à une économie souterraine sous le contrôle d’une pègre nationale avec des ramifications sur le plan international. De 1990 à 2000, la plupart des compagnies aériennes de renom ont déserté l’aéroport international de Lomé pour le Ghana entrainant dans leur sillage la fermeture des agences de voyages. Plusieurs ONG ont également déménagé pour le Benin voisin. En une décennie, de crise le Togo est considéré par les investisseurs comme un pays à haut risque.
Dans une région où la concurrence est rude, le Benin et le Burkina qui bénéficiaient d’une situation politique relativement stable n’en demandaient pas mieux. Offrant des meilleures conditions d’installations aux investisseurs et disposant d’un monde des affaires plus ou moins assaini, ils ont accueilli la plupart de ceux qui ont quitté le Togo. Les effets induits ont été immédiat. Décollage de l’économie modernisation des infrastructures, investissements immobiliers conséquents, flux de capitaux étrangers. Aujourd’hui entre le Benin et le Togo c’est le jour et la nuit. Il en est de même du Burkina Faso qui a pris une longueur d’avance. Il suffit de se rendre à Ouagadougou pour toucher du doigt la réalité et se rendre compte de l’énorme retard de notre pays. Au regard de ce premier paramètre d’ordre géopolitique, on peut estimer sans se tromper que le Burkina Faso est loin d’être le pays qui souhaite une sortie de crise rapide au Togo.
* Blaise Compaoré disqualifié pour la médiation au Togo
Celui qui refuse d’instaurer la démocratie dans son propre pays peut-il le faire dans un pays voisin ? Toute la problématique de la médiation de Blaise Compaoré se résume à cette question. Le Burkina Faso a certes connu un décollage économique. Mais la situation politique n’a guère évolué. On n’a pas besoin de se perdre en conjectures ici sur la manière dont Blaise Compaoré a capté le pouvoir au Burkina. A l’origine, un coup d’Etat sanglant qui a couté la vie à l’icône de la jeunesse africaine, le très emblématique et intrépide combattant de la liberté, le camarade Thomas Sankara. Un complot bien ficelé par la Françafrique dont le Togo d’Eyadema et la Côte d’Ivoire de Houphoët Boigny et bien d’autres pays seraient trempés. Depuis le mois d’octobre 1987, le pouvoir au Faso n’a pas changé de méthode.
Plusieurs compagnons de la révolution à l’instar des Lingani, Zongo ont été éliminés en vue de permettre à Blaise d’être le seul maître à bord.
Le pouvoir de ce dernier ne supporte pas la contradiction. Une fois confortablement assis, il s’est évertué à liquider parfois physiquement toutes les voix gênantes dont le confrère Norbert Zongo. Au burkina Faso, il est difficile d’être un opposant au pouvoir de Blaise Compaoré. Le scrutin présidentiel est à un tour et la plupart des élections sont souvent frauduleuses. La justice est aux ordres refusant de statuer sur des affaires d’assassinat comme celles de Sankara, Norbert Zongo et bien d’autres. Au vu de cette situation intérieure du Burkina, on est presque tenté de se demander que vont chercher les opposants togolais là-bas ? Blaise Compaoré qui refuse d’accorder plus d’espace de liberté dans son pays va-t-il militer pour la même chose au Togo ? Celui qui refuse le scrutin à deux tours chez lui et fait tout pour garder le pouvoir à vie va-t-il pousser Faure Gnassingbé à faire des concessions à l’opposition togolaise ? On peut continuer par allonger la liste des questions. La plupart du temps, Blaise Compaoré est élu avec moins de 25% des populations de son pays et pourtant, il utilise tous les moyens pour se maintenir au pouvoir. Ceux qui ont récemment levé la voix au sein de son propre parti pour dénoncer un nouveau mandat de Blaise ont été purement et simplement écartés des instances. Au Burkina Faso, la situation économique est peut-être bien meilleure mais on n’est pas plus libre là-bas qu’au Togo.
* La pesanteur de la françafrique
Le dernier élément et pas le moindre qui ne fait pas du président du Faso le médiateur indiqué de la crise togolaise est la françafrique.
Depuis les disparitions d’Houphouët Boigny et d’Eyadema, Blaise Compaoré est devenu le pilier incontestable de la France mafieuse en Afrique de l’Ouest. Selon un source diplomatique, le Président du Faso a une maîtrise total des dispositifs de toutes les armées de l’Afrique de l’Ouest, ce qui n’est pas un facteur négligeable en terme de déstabilisation. Plusieurs rapports ont mentionné le rôle trouble du pouvoir de Blaise Compaoré dans des actions de déstabilisation de certains pays de la sous-région notamment le Libéria, la Sierra-Léone, la Côte d’Ivoire etc. Dans les couloirs de la présidence du Faso, on est bien souvent acteur que médiateur de plusieurs conflits en Afrique de l’Ouest. Il est donc évident que lorsque le pilier de la françafrique dans la sous région s’active à être médiateur dans une crise, ce n’est pas pour le bonheur des populations de ce pays mais pour les intérêts des réseaux mafieux qui font des espaces de non droit leur zone de prédilection. En choisissant Blaise Compaoré comme facilitateur de la crise en Guinée, la CEDEAO vient de donner une preuve suffisante que la priorité des suppôts africains et de leurs maîtres occidentaux n’est pas la situation dramatique des guinéens mais les ressources immenses dont regorge le sous sol de ce pays puisqu’on ne peut pas comprendre la démarche qui sous-tende une médiation avec un homme qui a organisé au vu et au su de tout le monde le carnage qui a fait plus de 200 morts et des milliers de blessés.
En définitive, après plus de 10 ans de médiation, la situation au Togo n’a guère évolué. Plus grave la plupart des acquis démocratiques obtenus au prix de haute lutte ont été bradés dans la capitale du Faso avec la complicité plus ou moins active du facilitateur. L’opposition togolaise dispose aujourd’hui des raisons solides pour ne pas laisser son sort et celui des populations togolaises dans les mains du président du Faso. Mais le constat est qu’elle trouve du plaisir à s’y rendre à la moindre crise comme c’est le cas de la CENI et revenir avec des accords boiteux qui font la part belle au pouvoir RPT quitte à se chamailler entre leaders d’opposition après. « La Françafrique est une nébuleuse à plusieurs faces. Le Président Bongo de son vivant venait en aide à des opposants en Afrique et y compris le Togo. Alors on se pose des questions sur les vraies raisons qui conduisent les opposants togolais à se précipiter dans les couloirs de la présidence du Faso » s’est interrogé un observateur de la scène politique togolaise. En d’autres termes si malgré le profil contestable du médiateur, l’opposition togolaise continue de lui confier son sort, c’est qu’elle trouve certainement son compte qui doit être loin des préoccupations des populations. Les démocrates togolais doivent tirer les leçons de cette médiation qui fait perdre du terrain à l’opposition en permettant en même temps au RPT de gagner du temps. Blaise Compaoré est-il vraiment facilitateur au Togo ou en mission pour d’autres intérêts ? A chacun de faire la part des choses au vu du chemin parcouru.
Ferdi-Nando , Forum de la Semaine N° 552 du Mardi 06 Octobre 2009
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Mots-clés
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Bénin
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- Monsanto à l’assaut du Burkina Faso
- Plan d’action pour un développement durable en Afrique de l’Ouest. Plates-formes nationales des ONG Ouest-Africaines (Johannesburg, août 2002)
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Blaise Compaoré
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- Décrispation de la crise en Guinée : Le médiateur de la CEDEAO en question.
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