Février 2009 : de nouveau des journalistes menacés de mort

mercredi 4 février 2009

Les prédateurs de la liberté de la presse se sont encore manifestés.

Suite à notre article sur « les non-dits du rapport de la Cour des comptes », publié dans Le Reporter N°19 de janvier 2009, nous avons reçu des dizaines de messages de félicitation et d’encouragement ; mais dans le lot, il y avait un intrus, un mail porteur d’un message assassin, écrit peut-être par un crétin plaisantin comme on en trouve un peu partout dans les rouages de notre système ; peut-être par la voix du maître ou encore par un quidam chargé de jouer les idiots de service dans l’espoir de faire passer par cette « farfelulade » ce que ces âmes malveillantes tapies dans l’ombre n’osent déclarer à visage découvert ! Peu importe. Dans ce pays, l’histoire nous a vite enseigné que même les idiots doivent être pris au sérieux tant la différence devient très difficile à établir entre un crétin et un assassin. L’auteur se fait appeler « Le chef ».

Il menace de « zigouyer », c’est-à-dire d’éliminer de façon atroce, « un à un », les journalistes du « Reporter ». Mais pas seulement eux. Il y a aussi Newton Ahmed Barry du bimensuel L’Evénement sur sa liste. L’auteur du mail affirme même que c’est son équipe qui a fait brûler la voiture de Sams’K le Jah, le célèbre animateur de Ouaga FM. Et que ce sont ses « koro », donc ses supérieurs hiérarchiques, qui ont assassiné Norbert Zongo. « Le chef » nous a donné un ordre : « Arrêtez d’écrire, sinon c’est tant pis pour vous ». Un conseil aussi, si nous voulons échapper à sa sentence. Il nous invite à dîner à la table de quelqu’un qu’il appelle affectueusement le « boss » : « Tous ceux qui crient aujourd’hui, vont prendre l’argent la nuit chez le boss. On les connait. Si vous voulez bouffer aussi, faut aller bouffer. En quoi l’affaire de l’argent de la CNSS et les villas que les autorités ont pris vous regarde ? La Cour des comptes même n’a pas cité les noms et puis vous, vous citez les noms. Si c’est vous qui connaissez enquête, je vais vous rappeler le cas de Norbert Zongo ».

Nous sommes donc avertis. Il y a des gens qui veulent attenter à la vie de certains journalistes qui n’ont fait que faire leur travail de journaliste. Nous avons demandé au conseil juridique de notre journal de porter plainte contre X. Au « Chef » et à son équipe d’assassins, nous disons ceci : Le Reporter n’ira pas dîner à la table du « boss ». Nous ne goûterons jamais ce repas que vous avez souillé avec vos mains tachées de sang. Faîtes ce que vous voulez. Mais sachez que « nous sommes tous mortels : ceux qui ont le pouvoir de donner la mort tout comme ceux qu’on tue pour qu’ils ne gênent plus le festin des autres ». Après les meurtres et les assassinats que vous dites être fiers de commettre, « vous pourrez peut-être échapper à la justice terrestre, celle des hommes ; mais vous n’échapperez pas à la justice suprême, celle de Dieu ». Pour votre gouverne, sachez que la première citation est d’un journaliste intègre dont vous dîtes connaître les assassins. La deuxième est d’un illustre historien burkinabè décédé, militant du Collectif contre l’impunité. Sachez-le une fois pour toutes : Le Reporter n’écrira ni sous l’injonction, ni sous la dictée des prédateurs de la presse. Notre journal continuera de faire son travail avec professionnalisme et avec toute l’indépendance qui constitue son credo, ne vous en déplaise. Non, « Chef », nous ne dînerons pas à votre table, ni à celle de votre « boss ». Jamais ! La Rédaction lundi 2 février 2009

Source : http://reporterbf.blogspot.com/search/label/ONDE%20DE%20CHOC


Le mail reçu par la rédaction du Reporter

— - En date de : Mar 20.1.09, Compaoré Issouffou Yandé a écrit :

De : Compaoré Issouffou Yandé Objet : on va vous zigouyer À : reporterbf@yahoo.fr Date : Mardi 20 Janvier 2009, 14h40

Bonjour. Vous les gens de le Reporter, je voulais vous dire que vous dépassez les bornes. Si les gens bouffent dans ce pays, ou est votre problème. Tous ceux qui crie aujourd’hui là, ils vont prendre l’argent la nuit chez le boss. On les connais. Si vous voulez bouffez aussi, faut aller bouffer, c’est pas la peine d’insulter les gens dans votre journal. En quoi l’affaire de l’argent de la CNSS et lès villa que les autorités ont pris vous regardent ? La cour des comptes même n’a pas cité les noms et puis vous vous citez les noms. Si cest vous qui connaissés enquêtes, je vais vous rappeler cas de norbert Zongo. C’est nos koros qui l’ont zigouyé avec ses gars là. Vous aussi on va vous zigouyer. On connait tous les journalistes de le Reporter, on va les zigouyer un a un. Ya des gens qui vous suit. Partout ou vous partez on sait. Vous n’allez pas nous échappés. Vous et puis Barry newton de l’évènement. Lui aussi il écrit n’importe quoi. Vous croyez que vous pouvez remplacer norbert Zongo ?.

C’est nous on n’a fait bruler voiture de SamsK le jah qui est à Ouaga FM et qui parle au hazard. Les gens ont crié, c’est pas fini ? Qui parle e ça encore ?Un jour tout votre wobawoba là va finir. Nos gars vous ont déjà répéré. Je vous conseil d’arreter. Sinon, c’est tant pis pour vous. Vous êtes des bandits mais y a plus bandit que vous. A bon entendeur salut. Norbert aussi on lui avait dit ça il n’a pas écouter. Il est ou aujourdui ? Les gens vont crier et puis après, yaura rien. c’est tant pis pour vous. A plus tard.

Le chef


Le réaction de l’association des journalistes du Burkina

Burkina Faso : Menaces contre des journalistes.

L’Association des Journalistes du Burkina a fermement condamné le 5 février 2009, les menaces et intimidations graves et inadmissibles proférées contre l’équipe de rédaction du mensuel « Le Reporter », un journal d’investigation basé à Ouagadougou.

En effet, dans les livraisons de janvier et février de ce journal d’investigation, les journalistes ont mis à nu les passe droits et autres facilités que se sont octroyées certaines personnalités de l’Etat au détriment de la Caisse nationale de Sécurité sociale, institution qui n’a pas vocation à octroyer des prêts, mais qui le faisaient au profit de ces personnalités.

Suite à cette série d’articles, l’équipe de rédaction a reçu par courrier électronique des menaces de mort émanant d’un certain « Compaoré Issoufou Yandé ». L’auteur évoque l’assassinat du journaliste Norbert Zongo en 1998 et revendique la paternité de l’incendie du véhicule de l’animateur de radio Sam’s K le Jah en octobre 2007.

L’Association des journalistes du Burkina demande aux autorités burkinabè de :
- rechercher et traduire devant la justice les auteurs de telles menaces, prédateurs de la liberté de presse ;
- prendre les mesures qui s’imposent pour protéger les journalistes du Reporter et leur famille.

L’Association des journalistes du Burkina se solidarise avec les confrères du Reporter qui ne font que leurs devoirs d’informer et invite les démocrates et défenseurs des droits humains à se mobiliser pour que de tels actes ne restent pas impunis

Fait à Ouagadougou le 5 février 2009. Le président Jean Claude Méda.


La réaction du MBDHP

MOUVEMENT BURKINABE DES DROITS DE L’HOMME ET DES PEUPLES

- Membre de la FIDH - Membre de l’Union Interafricaine des Droits de l’Homme - Membre observateur auprès de la Commission - Affilié à la Commission Internationale des Juristes Africaine des droits de l’Homme et des peuples (GENEVE). 01 BP 2055, OUAGADOUGOU 01 Tél. : (226) 50 31 31 50 – Fax : (226) 50 31 32 28 E-mail : mbdhp@cenatrin.bf


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