Décrispation de la crise en Guinée : Le médiateur de la CEDEAO en question.
jeudi 8 octobre 2009
Quelle solution le président du Burkina Faso, son excellence Blaise Compaoré, détient-il pour le respect de l’ordre et de la légalité constitutionnelle en Guinée ? Apparemment, il faudra s’attendre à une solution à la togolaise où la succession dynastique a tout été assurée. Ou bien celle de la Côte d’Ivoire où la rébellion est admise au pouvoir.
Le capitaine Dadis et son organisation le CNDD se frottent déjà les mains, sachant qu’après tout ils pourraient bénéficier d’une solution de partage du pouvoir qui leur épargnera de tenir leurs engagements. Et, d’éviter la petite porte de l’histoire qui leur est réservée.
C’est en réalité l’objectif visé par l’épisode sanglant du 28 septembre 2009, qui a coûté la vie à des dizaines de guinéens. Ceux-là on en parlera plus que pour dire qu’il s’agit d’un « accident » malheureux de l’histoire.
Tout porte à croire que ceux qui peuvent prendre les armes et s’imposer, dans un pays africains, ont le droit à une part du pouvoir. Ce n’est pas une bonne leçon pour les générations futures quand la démocratie et la bonne gouvernance sont les enjeux. Chacun pourrait préparer son enfant à cela : l’envoyer dans une académie militaire au lieu d’une université de Sciences politiques ou de Médecine. Il faudrait y prendre garde. Dadis et son CNDD ne sont pas les seules à pouvoir manier de la Kalach … Une telle tradition est à récuser.
Mais enfin, il crève les yeux que le parcours historique du médiateur de la Cedeao a trop de points communs avec l’approche et le projet des putschistes de Guinée. C’est l’un des exemples qu’ils suivent à coup sûr. Le médiateur de la Cedeao pourra t-il donner satisfaction à la société civile et aux partis politiques guinéens en considérant que le coup d’État du 23 décembre 2008 est illégal ?
L’homme accède au pouvoir par un coup d’État militaire aussi, avec le regretté Thomas Sankara (4 août 1983- 15 octobre 1987), qu’il remplace à la faveur d’un coup d’État sanglant. La lumière n’est pas encore faite sur les circonstances de la mort de Thomas Sankara. Devenu président du Burkina Faso, Blaise Compaoré s’installe au pouvoir. Entre autres, on note la disparition de la scène politique de compagnons comme Henri Zongo et Jean Baptiste Lingani pour raison de complot. Il y a, également, la mort, non élucidée, du journaliste Norbert Zongo. Journalistes sans frontières dénoncent encore l’intimidation des journalistes au Burkina Faso. Ce sont là, quelques-uns des drames et tragédies qui accompagnent une prise de pouvoir militaire.
Dadis et le CNDD ne se privent pas, d’ailleurs, de ces situations tragi-dramatiques, parfois ubuesques. Les arrestations massives de militaires par le CNDD et le capitaine Dadis, la répression populaire, les tentatives de museler la presse, font partie de ce scénario de gestion du pouvoir l’arme au poing. Ensuite, on pourrait toujours se blanchir en menant ici ou là des négociations de paix dans une Afrique à la stabilité précaire. Ainsi, l’Histoire s’efface en faveur des crimes commis.
Sur la scène politique, les élections au Burkina Faso ont été sujettes à controverse :
En 1991, selon les observateurs, elles ne connaissent que 25 pour cent de participation avec le boycott de l’opposition burkinabée. La même image que les élections présidentielles de Guinée en 2004, sous le Général Lansana Conté. Nous avançons vers un tel scénario, si la société civile et les partis politiques acceptent un quelconque partage du pouvoir avec Dadis et le CNDD.
L’objectif premier est de sortir le pays de l’engrenage du pouvoir militaire en faisant en sorte que les putschistes tiennent les engagements pris d’organiser des élections sans leurs implications en tant que candidats. Est-ce la thèse que le Président Blaise Compaoré va soutenir ? Ou bien va-t-on encore trouver des circonstances spéciales du « cas guinéen » comme dans le cas de l’approbation du coup d’État du 23 décembre 2008 ?
Revenons au parcours du médiateur de la Cedeao. En 1998, le président Blaise Compaoré est, évidemment, encore réélu. Après deux mandats, l’on s’attendait à ce qu’il quitte le pouvoir selon la loi constitutionnelle du Burkina Faso qui limitait le mandat présidentiel à deux, avec cinq années de durée. La révision constitutionnelle qu’il impose, en 2000, lui accorde de passer outre. En 2001, Cet exemple est parmi ceux qui inspirent le Général Lansana Conté pour perpétuer un pouvoir absolu en tripatouillant la constitution nationale. En 2005, le président Compaoré est élu avec 80,35 pour cent des voix. Quel score ! Un peu moins que le Général Lansana Conté en 2003 : 95,63 pour cent. Note : comme la dizaine de partis politiques en Guinée, 12 à 17 partis politiques burkinabés ont été incapables de former, en face, une alliance conséquente. Leçon est-t-elle apprise par les partis politiques guinéens après 17 ans d’existence ?
La candidature de Dadis aux élections de janvier 2010 conduira à son élection, sans faute. C’est évident. Une fois au pouvoir, la maitrise de la machine électorale – par corruption et intimidation interposées - est un jeu d’enfants quand on récuse les principes démocratiques et la bonne gouvernance. Une administration est déjà mise en place pour dominer et orienter la machine électorale en Guinée pour Dadis et le CNDD.
Le médiateur choisi par la Cedeao est au pouvoir depuis plus de vingt ans, comme feu le Général Lansana Conté, aujourd’hui, critiqué ou feu Ahmed Sékou Touré, le Responsable suprême de la révolution voué aux gémonies. Que va-t-il enseigner aux soldats perdus du CNDD ?
Avons-nous là des exemples de démocratie et de bonne gouvernance à suivre ? Deux parallèles pour conclure : faire du président Blaise Compaoré un médiateur dans une situation de coup d’État militaire, c’est comme si on demandait au chef de la Jamahiriya libyenne, Muammar Kaddafi, d’être médiateur dans une situation où des terroristes sont impliqués. Question de mémoire collective !
O. Tity Faye, journaliste indépendant. 7, Octobre 2009
Source : http://www.guineenews.org/articles/article_tempo.asp ?num=200910741453
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Guinée
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