Cross du 15 octobre (2008) à Ouaga : Quand les organisateurs piétinent les lois de la république
mardi 11 novembre 2008
Au pays des Hommes intègres, dès que s’annonce le mois d’octobre, les observateurs de la scène politique nationale ont les yeux rivés sur la date du 15. En cela, rien de surprenant pour qui connaît l’histoire mouvementée du pays. Cette crainte du 15 octobre a culminé l’année dernière du fait que l’an 2007 correspondait aux vingt ans de la disparition tragique de Thomas Sankara, le chef de la Révolution d’août, donc jour de grand deuil pour les uns, mais aussi jour d’espoir pour ceux qui pensent que Blaise Compaoré a été le messie qui a délivré le Faso ‘’des affres révolutionnaires’’. Grâce à Dieu et aux mannes de nos ancêtres, il y a eu plus de peur que de mal. Depuis lors, les démocrates burkinabè se sont mis à rêver d’un climat politique désormais plus démocratique et plus respectueux de l’Etat de droit.
Ce fut une grande erreur d’avoir eu une telle approche, car le 15 octobre dernier, des nostalgiques de l’Etat d’exception et ceux de la pensée unique allaient se révéler au grand jour. Prétextant leur connexion avec l’enfant terrible de Ziniaré, certains commis au sommet de l’Etat ont posé des actes dignes d’un Etat d’exception. Au nom de leur attachement au chef de l’Etat (et peut-être à leur ventre), ils ont violé les lois de la république pour décréter pratiquement un après-midi du 15 octobre chômé et payé. Ils ont organisé un cross populaire aux heures de service. Idem, d’ailleurs, pour les sankaristes qui étaient au cimetière de Dagnoën. Les militants CDP de la région du Centre ont le droit de donner de la voix. Mais ce qui s’est passé est inimaginable dans l’Etat de droit qu’ils magnifient. Non seulement des ministres de la république se sont bruyamment exprimés au cours d’une manifestation partisane sans que le pays ne soit en campagne électorale, mais ils sont venus prendre position pour une partie du peuple contre une autre partie non négligeable de ce même peuple. Mais là où les ‘’partisans’’ de Blaise sont allés trop loin, c’est quand ils ont eu le courage d’habiller des éléments des forces de l’ordre à l’effigie de leur mentor pour leur cross populaire.
De quel droit une organisation politique peut-elle utiliser des corps habillés pour sa cause ? Passe encore que les forces de sécurité soient sollicitées pour assurer la sécurité du parcours, mais les enrôler comme des militants et partisans de Blaise Compaoré, il y a un pas dangereux qu’ils ont franchi. Pendant qu’on y est, ne serait-ce pas possible que Justin Koutaba nous gratifie d’un défilé monstre où il réquisitionnerait l’ensemble des forces vives de la nation pour fêter la Saint-Blaise le 3 février ? Qui sait, peut-être qu’il se serait prénommé Justin qu’il n’aurait pas eu ce don particulier de sauver la démocratie. Il faudra aller jusqu’au bout en célébrant la date de son entrée à l’école, celle de l’obtention de son bac et de son entrée dans l’armée, car son rôle ‘’historique joué ‘’ le 15 octobre 1987 a été préparé par toutes ces dates importantes de sa vie.
La responsabilité des chefs militaires ou paramilitaires est toute aussi grande car rien ne peut justifier qu’ils donnent leur accord à la participation de leurs éléments à une action politique partisane. Qu’en sera-t-il si demain les hommes restés fidèles aux convictions politiques de Jean-Baptiste Ouédraogo ou de Saye Zerbo devaient organiser un cross le 7 ou le 25 novembre ? Pourront-ils bénéficier du même traitement de faveur ? Assurément non. Alors, il y a des précédents qu’il ne faut jamais poser en république.
Adam Igor
Source : Le Journal du Jeudi du N°892 du 23 au 29 octobre 2008 http://www.journaldujeudi.com/892/fs_semaine_archive.htm