Bilan de la mobilisation à Florence contre l’attribution du prix Galileo pour la résolution des conflits ethniques et sociaux à Blaise Compoaré
dimanche 6 juillet 2008
Quinze jours avant la date de la cérémonie prévue le 25 juin 2008, un ami m’a communiqué la nouvelle qu’il venait d’apprendre d’un journaliste invité lui-même à cette cérémonie : Blaise Compaoré allait recevoir à Florence le prix Galileo 2000 pour la médiation des conflits ethniques et sociaux. La nouvelle me paraissait bizarre car en Italie on parle très peu d’Afrique et encore moins on voit se promener les chefs d’Etat africains, qui pour des raisons historiques préfèrent faire leur passerelle et leurs courses à Paris ou à Londres. Après vérification par internet, on a trouvé une dépêche de l’agence de presse italienne ANSA et quelques articles qui confirmaient ce prix. Cela tombait bien : Florence est la ville où nous avons ouvert l’année Sankara en Italie en février 2007, j’ai donc alerté tous les amis italiens et africains avec qui on avait travaillé pour le vingtième anniversaire. Nous avons cherché des informations sur le site du prix Galileo 2000 : c’est un prix né il y a 12 ans comme prix musical, et en 2003 on y a ajouté un prix spécial "pour la paix" car "qui aime la musique ne peut pas ne pas aimer la paix". Le prix jouit du Haut Patronage du Président de la République Italienne et a des partenaires prestigieux à Florence : le Théâtre du Maggio Musicale Fiorentino et l’Institut Théâtral Italien (Ente Teatrale Italiano), deux institutions financées en grande partie avec des fonds publics. Le Haut Patronage et ces deux institutions donnent l’idée d’un prix très important et qui gère beaucoup d’argent, ce qui cloche avec l’image qu’on peut s’en faire en regardant la composition de l’organisation. Les quatre organisateurs figurent dans l’organigramme en tant que sujets privés, chacun avec sa propre profession (un avocat, deux assureurs, un directeur de théâtre). En plus, le prix est soutenu par deux instituts d’assurance italiens : INA et Assitalia : puisque les deux seuls logos de sociétés affichés en première page dans le site du prix sont les logos de ces deux instituts d’assurance, on peut avoir l’impression que ce soit un prix décernés par eux, mais jamais cela n’est mentionné.
Ce mélange d’importance et d’argent du prix et de bas profil des organisateurs m’a fait penser à un groupe de franc-maçons : la Toscane, est la région d’Italie où il y a la presque totalité des franc-maçons italiens, et Florence, son chef-lieu, est la première ville dans les statistiques d’affiliation. Je n’ai pas pu vérifier cette hypothèse : dans une liste de franc-maçons italiens circulée en 2004 et aujourd’hui encore dans les réseaux de téléchargement il n’y a pas les noms des quatre organisateurs. Il faudrait aller aux sièges des loges et demander les listes.
Avec les amis de Florence nous avons publié une pétition (http://www.peacelink.it/pace/a/26438.html) signée Comité Sankara Florence, qui a été lancée dans les groupes de discussion de gauche de la ville. Puisque l’histoire africaine n’est en général pas très connue par les italiens, j’ai écrit avec la pétition de petits textes expliquant brièvement qui était Thomas Sankara, qui est Blaise Compaoré et ce qui est en train de se passer autour de Blaise (probable poussée vers le prix Nobel).
En parallèle nous avons convoqué deux réunions pour discuter des actions à mener. Nous avons choisi de faire un rassemblement le 25 juin à la même heure de la cérémonie, en dehors des locaux. Dans les listes de discussion de gauche la nouvelle est passée d’abord inaperçue, les gens étaient très orientés à discuter des problèmes de la ville. Il faut savoir qu’en Italie la gauche vient de vivre une débâcle électorale où pour la première fois depuis la deuxième guerre mondiale les partis communistes ne sont pas entrés au parlement et vit une période de forte désorientation. A Florence, ville de gauche, la recherche d’une nouvelle voie pour recommencer est assez active, et donc tout ce qui n’est pas perçu comme ayant un lien étroit avec la remise en route de la gauche est zappé. J’ai donc demandé à quelques personnages reconnus de tirer la sonnette d’alarme : cela a marché, et depuis d’autres connaisseurs de l’Afrique, professeurs d’université, ont donné leur contribution pour faire connaître le personnage.
Une fois l’intérêt gagné, les signatures à la pétition ont commencé à venir et aussi les communiqués de presse : Association pour une gauche unie et plurielle, Unaltracittà/Unaltromondo, Verts, Fédération Africaine de Toscane, Communautés Sénégalaises, Africains Démocrates, Etudiants de Gauche, …
Deux jours après le lancement de la pétition, un journaliste du journal La Repubblica a pu interviewer Alfonso De Virgiliis, fondateur et président du jury du Prix Galileo, en le questionnant sur le prix à Blaise Compaoré. De Virgiliis lui a répondu de ne pas faire de polémique, car Compaoré n’aurait pas pu être présent à la cérémonie d’attribution du prix et donc, par statut, il n’aurait plus été primé.
Cette réponse a été attaquée par certains communiqués de presse (Verts, Etudiants de Gauche), qui demandaient, comme nous, un pas en arrière formel et non une justification ridicule.
Deux jours avant la cérémonie, la liste des primés en 2008 a été enfin publiée sur le site du prix : Blaise Compaoré n’y figurait pas.
Cela a été un premier soupçon de victoire, mais nous avons gardé l’appel à la mobilisation pour le 25. Ce jour-là nous avons été en face du lieu où il y avait la soirée d’attribution des prix, malheureusement nous n’étions qu’une poignée, mais dans les conditions de désorientation dans lesquelles vit la société italienne en ce moment, il faut peut-être comprendre une participation dans la rue peu nombreuse : espérons que ce soit ainsi pour pas longtemps.
Le jour suivant tous les journaux et journaux télévisés ont parlé du prix, car Ingrid Betancourt était à l’affiche, absente justifiée. Naturellement aucun de ces média n’a parlé de notre mobilisation, racontée seulement par le journal Il Manifesto. L’absence du nom de Blaise parmi les primés a été la confirmation que notre travail avait produit un très bon résultat.
Antonio Mele
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Bilan de la mobilisation à Florence contre l’attribution du prix Galileo pour la résolution des conflits ethniques et sociaux à Blaise Compoaré24 juillet 2008, par Elhadji Kollo SaloumBonjour et félicitations. Un bon travail a été fait. La lutte doit continuer pour que des gens comme Compaoré ne soient pas recompensés par un Prix Nobel.