Au Burkina Faso, les droits croupissent en prison

mercredi 31 décembre 2008

60 ans après son adoption, la Déclaration universelle des droits de l’homme reste un idéal à atteindre. Coup de sonde aux quatre coins de la planète francophone avec la Tribune des droits humains. Première étape : le Burkina Faso, pays prioritaire de la coopération suisse.

Le 28 octobre 2006, trois hommes étaient retrouvés morts sur l’axe Botou-Bilanga, à deux cents kilomètres au nord-est de la capitale Ouagadougou. Ils étaient tombés sous les balles d’un commando de six agents de police. L’ordre de les abattre avait été donné par le directeur provincial de la police nationale de la Gnagna (est du pays).

Motif de l’opération : les victimes auraient été des « coupeurs de route » (bandes armées agressant les automobilistes, NDLR). Donc, sans ni les entendre ni les juger, on les descendait. La population en émoi a manifesté sa colère. Les députés en ont fait de même. Certains des auteurs du crime ont simplement été mutés. Trois mois plus tard, les sept agents de police sont arrêtés, puis déférés à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou. Et cela, sans doute en raison de la mobilisation des populations de cette région et du Burkina Faso.

Exécutions extrajudiciaires

Le Burkina Faso est plus connu dans le monde pour sa musique enivrante que pour ses exécutions extrajudiciaires et ses terribles conditions carcérales. Une réalité pointée à Genève le 9 décembre, lors de la 3e session de l’Examen périodique universel (EPU) mené par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

Dans son rapport alternatif à l’EPU, le Mouvement burkinabè des droits de l’Homme et des Peuples (MBDHP) - l’organisation de la société civile la plus implantée dans le pays et membre de la Fédération internationale des Droits de l’Homme (FIDH) - a dénombré entre « octobre 2001 et janvier 2002 ,102 cas d’exécutions extrajudiciaires de présumés bandits de grands chemins dont certains avaient les mains ligotées. »

Ce genre d’abus se poursuit de nos jours, mais plus discrètement, raconte un militant. Le MBDHP signale dans son rapport que « des citoyens qui, sur la base de la crise de confiance avec la justice, lynchent les présumés délinquants qu’ils appréhendent. »

Le dossier Thomas Sankara, du nom du Président du Burkina Faso assassiné en octobre 1987 au cours d’un coup d’Etat, dort toujours à la Justice militaire, attendant des ordres du ministre en charge de l’Armée pour être instruit. Celui de Norbert Zongo, journaliste d’investigation tué et brûlé dans son véhicule avec quatre autres passagers le 13 décembre 1998 (il enquêtait sur des affaires touchant la famille présidentielle) est déposé au greffe du tribunal de Ouagadougou, dans l’attente de preuves scientifiques, selon le procureur général. Ces faits et bien d’autres ont amené le citoyen burkinabè à douter de sa justice et de ses acteurs.

Des prisons exécrables

« Les conditions de détention à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO) sont abominables. Elles sont inacceptables pour un être digne de ce nom », confie un visiteur qui en sortait.

« Des odeurs pestilentielles vous assaillent à l’entrée du bâtiment principal de la MACO qui date de 1962 », raconte de son coté . Le Président du MBDHP a en effet conduit une visite de prison en compagnie de l’ambassadeur du Danemark au Burkina Faso le 14 novembre 2008. Cette bâtisse aux exhalaisons repoussantes, crasseuse, conçue pour 400 détenus, en accueille 1400 aujourd’hui. Chaque cellule d’environ quatre mètres sur quatre reçoit quinze détenus, avec un petit réduit au fond en guise de toilettes.

Dans ces sombres cellules, vit une majorité de personnes en détention préventive et certains dans une situation désolante, indique le président du MBDHP. C’est le cas, affirme-t-il, de ce monsieur qui a tenté de dérober un bidon d’huile de quatre litres et qui a été lynché par la foule. Depuis son admission à la maison d’arrêt, les différentes blessures, dont certaines ont commencé à pourrir, n’ont pas bénéficié de soins médicaux, jusqu’à la visite de Chrysogone Zougmoré. Ce défenseur des droits de l’homme soulève aussi le cas de ce mineur de douze ans, détenu à l’insu de ses parents depuis quinze jours. Et ce pour avoir prétendument volé de l’argent dans le restaurant où il était plongeur.

Le président du MBDHP relève, enfin, que la plupart de ces détenus ont comme seule ration alimentaire une purée de maïs, sans sauce.

swissinfo / Tribune des droits humains, Tiergou P Dabire à Ouagadougou

Cet article fait partie d’une série commandée par Tribune des droits humains à des correspondants locaux en pays francophones. Et ce à l’occasion du 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Cette opération est soutenue par l’Organisation internationale de la francophonie (OIF)

Source : http://www.swissinfo.ch/...


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