Alternance au Burkina Faso : “Faut pas effrayer Blaise”
mercredi 8 juillet 2009
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- Jonas Hien, p1
Jonas Hien
C’est assurément un véritable pavé dans la mare que les citoyens de l’alternance ont jeté à travers leur forum. Les réactions qui s’ensuivent le montrent bien, telle celle de Jonas Hien, un habitué de nos colonnes. A propos d’alternance justement, l’auteur du présent écrit demande de ne pas effrayer le président du Faso.
“Ces derniers temps, les Burkinabè parlent. Ceux qui n’avaient pas l’habitude de se prononcer sur certains sujets qu’ils jugeaient politiques, ou considérés comme tel, parlent maintenant. Nous parlons donc tous. Nous parlons d’alternance au pouvoir. Cependant, nous ne disons pas tous la même chose. Et le sujet est devenu tellement important et passionné qu’il conviendrait qu’on en parle dans un français facile ; car même si l’on ne dit pas tous la même chose, au moins que tout le monde comprenne de quoi on parle exactement, parce qu’apparemment on ne se comprend pas tous sur le sujet.
En fait, il y a des Burkinabè qui disent que Blaise Compaoré a trop duré au pouvoir et qu’à partir de 2010, il faudrait qu’il quitte la présidence pour laisser la place à quelqu’un d’autre. Il y a aussi d’autres Burkinabè qui disent que ce n’est même pas un sujet à aborder, car le jour où Blaise Compaoré ne sera plus voté, il sera obligé de quitter la présidence. Et chacun a ses arguments. Ainsi, ceux qui veulent que le Président Compaoré quitte le pouvoir dès l’année prochaine disent que si l’on met le vote en avant dans cette affaire, Blaise Compaoré dira toujours que les Burkinabè l’ont voté.
En outre, ils disent que Blaise Compaoré travaille à laisser la place à son petit frère, François Compaoré, comme si c’était une affaire de famille. De nombreux Burkinabè trouvent cela inacceptable, même s’ils n’en disposent pas encore de preuves irréfutables. Donc, il y a des Burkinabè qui ne veulent plus de Blaise Compaoré comme leur président après l’élection présidentielle de 2010 et il y a aussi des Burkinabè qui s’étonnent qu’une partie de leurs compatriotes ait de telles idées, car Blaise Compaoré est un président qui a encore beaucoup à donner aux Burkinabè, au Burkina Faso et à l’Afrique. A la limite ils se demandent si les compatriotes qui veulent le départ de Blaise Compaoré ne sont pas en train de devenir fous. C’est tout le résumé de cette affaire d’alternance, en français facile.
Sans avoir réalisé une enquête ou sondage à l’échelle nationale, on peut affirmer, sans nullement se tromper, que la vérité sur le terrain est qu’une très grande majorité des Burkinabè veulent effectivement un changement à la tête de l’Etat. Ils voudraient voir Blaise Compaoré quitter le pouvoir en 2010. En d’autres termes, la plupart des Burkinabè souhaitent qu’il ne soit pas candidat l’année prochaine.
Les raisons ne sont pas forcément les mêmes, mais ce vœu est commun à la majorité, notamment dans les grandes villes, la plupart des compatriotes en milieu rural ne comprenant pas grand’chose de la chose politique telle que pratiquée par ceux qui sont allés à l’école du Blanc. Mais que reproche-t-on au Président Compaoré au point que le débat actuellement sur l’alternance depuis le “forum de Zéphirin Diabré” alimente tant les lieux publics et privés, ainsi que la presse ?
Blaise est arrivé au pouvoir impopulaire
A entendre les uns et les autres, beaucoup de choses à la fois sont reprochées au Président du Faso. Aux premières heures de son coup d’Etat militaire, le 15 octobre 1987, une très grande majorité des Burkinabè n’ont pas approuvé l’assassinat du Président Thomas Sankara, même ceux qui n’épousaient pas les idéaux de la Révolution. Au regard des liens d’amitié qui existaient entre les deux officiers militaires et connus des Burkinabè à cette époque, une bonne partie des Burkinabè avait adopté une attitude de méfiance vis-à-vis de Blaise Compaoré, estimant que s’il a pu réserver un tel sort au Président Thomas Sankara, c’est qu’il peut être capable de tout.
La confiance entre le peuple burkinabè et le Président Compaoré n’a donc jamais existé depuis 1987. La plupart ont profité de l’impopularité du régime pour se faire une place et jouer au jeu sans avoir une “amitié réelle” pour le régime Compaoré. Et au fil du temps, les Burkinabè ont continué à estimer que Blaise Compaoré s’est imposé à eux en s’appuyant sur l’armée. En somme, il règne par la force sans une légitimité véritable.
Et puis les choses ont continué. Des Burkinabè ont disparu et d’autres assassinés avec une violence indescriptible. Des familles entières ont préféré garder le silence parce qu’elles ne peuvent pas faire autrement. En outre, les Burkinabè dans leur majorité n’ont jamais donné du crédit aux élections présidentielles qui ont toujours proclamé Blaise Compaoré élu ou réélu. Malheureusement, le Président Blaise Compaoré n’a pas pu se corriger à temps. Il a cru que l’intimidation et la violence pouvaient renforcer son pouvoir. Et son régime a travaillé à une stratification de la société burkinabè. Ainsi, il y a ceux qui sont tout-puissants, qui ont droit à tout, qui peuvent disposer de tous les biens publics comme ils veulent, le tout accompagné d’une arrogance d’un autre siècle.
Tout se passe au vu et au su de tous, y compris Blaise Compaoré lui-même, qui, jusque-là, n’a pas montré qu’il est garant de la justice pour tous les Burkinabè et défenseur des intérêts généraux des Burkinabè. Quand vous discutez avec ceux qui ont vécu tous les régimes politiques, de Maurice Yaméogo à Blaise Compaoré, ils vous disent toujours qu’ils n’ont jamais connu un régime qui a cultivé autant d’injustice que celui de Blaise Compaoré. Au plan extérieur, l’image du Burkina Faso a longtemps été ternie et les Burkinabè mis dans un état d’insécurité une fois hors du pays à cause de multiples accusations officielles, de l’implication de notre pays dans des actions de déstabilisation, sans que des preuves contraires, irréfutables, soient données au peuple.
En 1999, de nombreux Burkinabè sont assassinés à Tabou, en République de Côte d’Ivoire. Les Burkinabè, dans leur sagesse habituelle, s’impatientaient de comprendre avec leur Président sur la situation qui y prévalait. Rien. Quand Blaise Compaoré avait décidé d’en dire un mot publiquement, c’était sous forme de menace. Mais attention, ce n’était pas pour défendre nos compatriotes qui étaient en situation difficile en Côte d’Ivoire. Il venait d’apprendre qu’un immeuble appartenant à son épouse, Chantal Compaoré, construit à Abidjan, avait été attaqué par des manifestants et qu’une soixantaine de climatiseurs avaient été détruits. Les Burkinabè avaient mal pris l’attitude du Président Compaoré.
A Ouagadougou par exemple, on en parlait à ne pas finir, car « il a fallu qu’on casse les climatiseurs de sa femme pour qu’il se réveille ». Des Burkinabè l’ont rappelé encore à l’occasion du forum sur l’alternance. Les mauvaises pratiques de son régime ont donc continué jusqu’à ce que l’affaire Norbert Zongo vienne tout gâter. Ainsi, depuis l’assassinat du journaliste Norbert Zongo, qui a rappelé douloureusement celui du Président Sankara et bien d’autres compatriotes assassinés également dans des conditions très violentes, la question de l’alternance était déjà posée. Certains avaient même demandé sa démission.
Le collège de sages mis en place et censé calmer les choses, ont dans leur rapport dit en quelque sorte que de tous les régimes connus jusque-là celui du Président Compaoré a vraiment exagéré par une mauvaise conduite des affaires publiques et par l’intolérance en politique. Blaise Compaoré se présentait comme quelqu’un qu’on ne peut pas défendre, car son régime a fait trop de mal aux Burkinabè. Les sages lui avaient donc recommandé de demander pardon au peuple.
L’organisation de la journée de pardon pour calmer encore les choses n’a rien donné de significatif non plus ; la plupart des familles victimes de son régime n’ont pas adhéré à la démarche. En Afrique, cela est un message fort. Même celles qui y ont participé, il revient qu’il y a eu manque d’unanimité. L’éviction du ministre Salif Diallo a été aussi très commentée par les Burkinabè. Ici encore, les Burkinabè ont estimé que Blaise Compaoré a pris position en faveur de son frère cadet, François Compaoré.
Ceux qui n’avaient aucune sympathie pour Salif Diallo n’ont pas hésité à dire qu’en cas d’attaque du Burkina Faso par un pays étranger, tant que la maison d’un de sa famille ne sera pas bombardée, Blaise sera quelque part dans un autre pays pour chercher un marché de médiation ou de facilitation. Que l’on aime donc Blaise Compaoré ou pas et pour peu qu’on ait le courage de ses opinions, on est obligé de dire qu’il ne fait pas d’effort pour montrer aux Burkinabè que les choses peuvent s’améliorer en leur faveur. Ainsi, la plupart de Burkinabè disent qu’ils n’attendent plus rien de lui.
Pis, le Président Compaoré semble aujourd’hui tourner résolument le dos aux intérêts du pays au profit des « médiations et facilitations réussies » hors du Burkina Faso. La récente réaction des organisations de la société civile de la Région de la Boucle du Mouhoun dans la presse est un autre mécontentement vis-à-vis du régime du Président Compaoré. Et tous les jours, on boude, on insulte on ne sait exactement qui, on gesticule sans savoir à qui on s’adresse ; signes qu’on a marre de ce que nous font nos gouvernants. Comment les Burkinabè ne peuvent-ils pas soutenir fortement l’idée d’alternance ?
Tertius Zongo aurait pu sauver la situation
Lorsque Tertius Zongo fut nommé Premier ministre, nombreux étaient les Burkinabè qui ont dit, dans leur cachette, que « tout ce qui se ressemble s’assemble ». En d’autres termes, Blaise ne fait rien de bon et voilà qu’il nomme à un poste aussi important quelqu’un qu’on a déjà vu ici. Mais les premiers moments des sorties officielles de Tertius Zongo ont conduit bien de Burkinabè à réviser leur appréciation à l’égard du nouveau Premier ministre. Jusqu’aujourd’hui encore, et malgré les critiques que l’on peut adresser à Tertius Zongo, nombreux reconnaissent qu’il a du mérite.
Dans un pays où la démocratie fonctionne bien, Tertius Zongo aurait pu réduire le taux d’impopularité du régime Compaoré, pour la simple raison qu’il est aujourd’hui mieux apprécié que son patron. Voyons en quoi le Premier ministre pouvait être utile à Blaise Compaoré en donnant un peu d’espoir aux Burkinabè, à partir des différentes appréciations du numéro deux du régime. Il s’agit de ce qu’on pense de lui dans son propre gouvernement, au sein du secteur privé, au niveau des partenaires techniques et financiers, dans le milieu de la société civile et “l’homme de la rue”.
Dans son propre gouvernement
Le Premier ministre est diversement apprécié par ses ministres. Certains le trouvent imprévisible, capable de vous mettre la honte en public et à tout moment il peut vous mettre dans des situations inconfortables. Ce groupe de ministres n’aiment pas trop sa façon de faire. Le deuxième groupe voit en lui un défenseur des intérêts du pays, donc un bon Premier ministre. Mais ce deuxième groupe reconnaît aussi qu’il est imprévisible et qu’avec lui il faut faire attention, car en pleine sieste il peut vous appeler directement pour vous intimer de vous mettre à la disposition de la justice. Mais quand on évoque le cas du Directeur général des Douanes où le Premier ministre semble n’avoir pas été conforme à ses principes de justice pour tous, certains vous disent que même Premier ministre, il a des limites. Cela est un message intéressant quand on connaît le pays.
Au sein du secteur privé
Au niveau du secteur privé, certaines personnes ne veulent pas entendre parler de Tertius Zongo. Elles estiment que leur malheur est arrivé avec l’arrivée de ce monsieur à la primature. « Depuis son arrivée, les affaires ne marchent plus ». En d’autres termes, il existe des mesures instaurées par Tertius Zongo qui envoient plus d’argent au trésor public que dans les poches des individus qui savent faire des affaires. Et l’affaire de Tertius Zongo les énerve. Mais au fond, ils disent qu’il vaut mieux que Blaise si on doit tenir compte de la majorité. « Mais si c’est pour que les affaires marchent mieux, et chacun prend sa part, c’est Blaise qui vaut mieux ».
Ceux qui émettent un avis contraire sont en majorité ceux qui sont instruits. Ils estiment que le Premier ministre fait son travail et qu’il se soucie du plus grand nombre. « Par conséquent, si l’on considère que dans le milieu des affaires, c’est le profit qui est d’abord recherché, on peut convenir avec certains que dans certains milieux des affaires, on est obligé de revoir les formes de corruption, car il est difficile de demander par exemple à un commerçant de lutter contre la corruption. Ça n’a pas de sens dans ce milieu ».
Un autre groupe dans le secteur privé pose le problème autrement. Il ne veut pas apprécier Tertius Zongo mais plutôt Blaise Compaoré, en indiquant que la belle-mère nationale sème la terreur à d’autres opérateurs économiques. « Elle veut tout prendre. Quand on apprend que c’est un marché à plusieurs lots, à la dernière minute, ça devient un seul lot et c’est elle qui prend tout. On est fatigué avec ça. Lamizana, Sankara et autres, avaient aussi des belles-mères, non ? Ça veut dire quoi, ça ? » Et ce n’est pas tout. Il nous revient que l’épouse d’un ministre dans le gouvernement actuel de Tertius Zongo est devenu subitement entrepreneur de bâtiment depuis le lancement de l’opération 10 000 logements sociaux. Et elle a le marché. Là encore « Ça veut dire quoi, ça ? » Au niveau des partenaires techniques et financiers
Dans le milieu de la diplomatie, Tertius Zongo est aussi diversement apprécié. Dans les coulisses, on est presque unanime à dire qu’il ne connaît aucune règle diplomatique, mettant parfois mal à l’aise les PTF par un langage direct. D’autres, toujours en coulisses, disent que c’est le meilleur Premier ministre de Blaise Compaoré et « il rappelle un peu la période Sankara ».
Dans le milieu de la société civile
Dans le milieu de la société civile, le Premier ministre est très bien apprécié. Là-bas, on parle de son sens d’écoute et de la grande considération qu’il a pour la société civile qu’il reconnaît comme un acteur de développement et non comme une « opposition », comme cela était cultivé et entretenu pendant longtemps dans la plupart des services de l’Etat. Et on peut comprendre la société civile.
Lors de sa première rencontre avec les organisations de la société civile à l’occasion de la prise de contact avec les forces vives de la Nation, au lendemain de sa nomination, Tertius Zongo leur avait déjà laissé une bonne impression. Après avoir loué les organisations de la société pour leurs efforts d’accompagnement au développement du pays, il leur avait dit en substance ceci : « le gouvernement attend beaucoup de vous.
Et de temps en temps il faut nous bousculer pour nous aider à avancer. Si vous ne nous bousculez pas tout le temps, ne vous plaignez pas après que le gouvernement ne fait rien ». Ça, la société civile avait aimé. Ensuite est venue la revue annuelle du Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP), tenue le 20 avril 2009 où le Premier ministre avait pris tout son temps pour laisser la société civile prendre également tout son temps pour dire ce qu’elle avait à dire.
Après cette rencontre, la côte de Tertius Zongo est placée au-dessus de la barre dans le milieu de la société civile. En tout cas, là-bas, on dit beaucoup de bien de lui. La société civile a longtemps regretté l’attitude de bien des ministres à son égard. Avant donc Tertius Zongo, monsieur Seydou Bouda, anciennement ministre de l’Economie et du Développement était perçu comme le ministre qui « faisait des efforts pour comprendre l’importance de l’action de la société civile ». Autrement, pendant longtemps, la plupart de ministres ne souhaitaient pas sentir l’odeur de ce qui est appelé “société civile”.
Le problème de ces ministres étaient que la société civile n’encourage pas l’impunité, a le courage de dire que tel ministre travaille mal alors qu’eux n’avaient de compte à rendre qu’à Blaise Compaoré qui n’a jamais de problème avec l’impunité. En prêtant une attention particulière à la société civile et l’autorisant même à critiquer ce que fait le gouvernement afin de les aider à avancer, la société civile ne peut pas traiter Tertius Zongo autrement. Et ce bout de phrase de Tertius Zongo le 20 avril 2009 en appréciation à la contribution de la société civile à la revue du CSLP en est certainement pour quelque chose : « ce pays appartient à tout le monde. Il n’y en a pas qui sont plus propriétaires que d’autres. Donc chacun a son mot à dire dans ce qu’on fait ».
“L’homme de la rue”
Pour “l’homme de la rue”, notamment dans les centres urbains, Tertius Zongo est un bon Premier ministre. Mais en même temps il estime qu’il n’est pas un Premier ministre à même de résoudre de grandes crises ou des « situations sérieuses » auxquelles les Burkinabè sont confrontés ou viendraient à être confrontés. En d’autres termes, malgré ses bonnes intentions, son “verbe”, son souci de redonner un équilibre au pays, Tertius demeure un secrétaire particulier du Président Compaoré. Tout passe par lui. Quand on ne sait pas ce qu’il pense, on ne peut pas risquer, même si la mesure doit sauver tout le pays.
Cet avis de “l’homme de la rue” est en réalité celui de la grande majorité des Burkinabè. Tout le monde voit en Tertius Zongo un Premier ministre capable de redonner espoir aux Burkinabè, mais personne ne se fait des illusions. Au contraire, les Burkinabè ne lui donnent pas longue vie à la primature, car son langage révolutionnaire n’est pas conforme aux pratiques de la 4e République. Certes, pour les besoins de conquête de l’électorat, pour la présidentielle de 2010, le Président Compaoré pourrait admettre des actions d’éclat pour espérer revenir s’occuper des intérêts de sa famille une fois “réélu”.
Et c’est cet espoir que les Burkinabè semblent ne pas lui donner. Seule l’alternance les préoccupe actuellement. Les Burkinabè ne sont pas contents de la gestion du pays et rien ne montre que la gouvernance peut être améliorée du jour au lendemain. En somme, Tertius Zongo qui est globalement bien apprécié des Burkinabè aurait apporté quelque chose si le roi n’était pas le seul maître à bord. Telle est la conviction des Burkinabè. Alors, la question de l’alternance devient une affaire sérieuse et à prendre au sérieux.
Et là où le président Compaoré est effrayé dans cette affaire (bien sûr il fera toujours semblant pour rester homme), c’est que de gros calibres du pays rentrent dans le débat. Monsieur Zéphirin Diabré n’est pas n’importe qui. Il est une personnalité qui a également une audience auprès des puissances internationales. Quand on ajoute à ce gros calibre la détermination de l’opposition qui semble avoir pris conscience de sa faiblesse, et qu’il faut plus de performance, laquelle opposition qui a toujours parlé alternance, il y a lieu de penser que l’année politique en 2010 ne sera pas comme avant, même si l’opposition burkinabè peut décevoir à tout moment.
Alors, les Burkinabè spéculent aussi sur monsieur Zéphirin Diabré. Sera-t-il candidat en 2010 ? Peut-il être l’homme de l’alternance et donner un mieux-être aux Burkinabè ? Est-il connu des Burkinabè, politiquement ? Autant de questions sur celui-là qui fait parler de lui depuis “son” forum de provocation d’un Président qui n’aime pas qu’on lui parle de cette manière. Les Burkinabè veulent donc bien connaître Zéphirin Diabré. Il ne s’agit pas de dire qu’il a fait l’école primaire ici avant d’obtenir un doctorat là-bas. Les meilleurs présidents ne sont pas ceux qui ont des doctorats. Mais le programme alternatif.
Blaise est donc vraiment effrayé. D’ailleurs, depuis la forte mobilisation des Burkinabè aux côtés des sankaristes à l’occasion de la commémoration des deux anniversaires du 15 octobre, le Président Compaoré n’est plus tranquille. Le 15 octobre a été véritablement une preuve qu’ils ne sont pas du tout contents de la situation actuelle. La présidentielle 2010 sera l’élection de tous les enjeux. On imagine pourquoi l’autre débat actuellement sur la suppression de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) au profit de l’administration. Ce débat inquiète aussi la plupart des Burkinabè. On y voit une manœuvre pour faciliter la fraude et proclamer la fin de l’alternance.
Alors, un travail gigantesque attend déjà les partis politiques et les organisations de la société civile. C’est maintenant qu’il faut travailler à informer, à bien informer et former ses militants et ses groupes cibles sur les comportements citoyens. Oui à l’alternance, mais dans un comportement bien compris. En termes clairs, travaillons dur dur maintenant à ôter de la tête des citoyens que l’alternance n’est pas synonyme de violence. Il faut tout prévoir, car apparemment il y a un camp qui semble dire : « En tous les cas vous n’allez pas nous obliger à partir puisqu’on n’a pas fini », et l’autre camp de répondre : « En tous les cas vous allez partir sans finir ».
Jonas Hien
L’Observateur Paalga mardi 26 mai 2009
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